AMERIQUE DU SUD 2009

 

 

Après avoir sillonné les routes de l’Asie, de l’Inde à la Mongolie et de l’Indonésie à la Chine, il nous restait deux parties du monde à découvrir : l’Amérique du Sud et l’Antarctique. Cela a donc été l’un des buts de cette année 2009.

Nous avons longtemps hésité avant de nous relancer en Amérique du Sud. Nous y avions déjà passé un mois, aux alentours de Noël 1986, à étudier le Chili, depuis le désert de San Pedro de Atacama, au Nord, jusqu'à Puntas Arénas, au Sud, au bord du détroit de Magellan.

Nous avions aussi vécu trois ans, de 2000 à 2003, en Guyane Française, à Kourou, là où ont été lancées les fusées Ariane 4, puis 5 maintenant. Mais le séjour ne nous avait pas emballés et il était très difficile de se rendre dans d’autres pays d’Amérique du Sud, depuis Cayenne.

L’idée nous est venue, l’an dernier, quand la compagnie Qantas a commencé à faire des liaisons directes Sydney-Buenos Aires, en treize heures, dans le sens Ouest-Est et environ quatorze heures dans l’autre sens…

Certes, ce n’est pas la porte à côté à partir de Perth, puisqu’ il nous faut déjà traverser l’Australie.

Pour passer de la côte Ouest, au bord de l’Océan Indien, à la côte Est, bordée par l’océan Pacifique, il faut déjà parcourir, la bagatelle de 3 974 km.

Nous arrivons donc à Sydney, après 4 heures d’avion, le 8 novembre 2009. Il va sans dire que nous prenons une nuit de repos à l’hôtel Ibis de l’aéroport de Sydney, car nous savons que le lendemain, il faudra parcourir 12 789 km pour atteindre Buenos Aires, en passant la ligne de changement de date, ce qui fera que nous arriverons dans la capitale argentine, une heure avant d’avoir décollé de Sydney, le lundi 9 Novembre. La date est facile à retenir puisque c’est celle de l’anniversaire des vingt ans de la chute du Mur de Berlin. Nous avons là un des mystères, dû à la rotation de la Terre, qui aurait certainement plu à Jules Verne.

Je ne sais pas exactement combien d’heures nous avons eu de jet-lag mais je sais qu’il nous a fallu, au moins quatre nuits, avant de commencer à récupérer…

Je ne peux pas passer sous silence la chute de Jean, dans l’escalator proche des formalités de police de l’aéroport international de Buenos Aires. J’ai beau faire tout mon possible pour le retenir, il s’abime sérieusement la jambe droite qui vient d’être soignée depuis un mois, et aussi la cheville gauche.

Il se retrouve rapidement sur une civière et on nous conduit à l’infirmerie de l’aéroport. Je dois dire que je n’ai pas eu le temps de penser à ce qui arrivait. Je voyais Jean allongé et je répondais à l’infirmier…Tout s’est arrangé assez vite quand le personnel s’est aperçu que, finalement, ce n’était pas trop grave et que je pouvais répondre à leurs questions, en castillan, le mot espagnol étant banni, car rappelant le pays colonisateur… Après les premiers soins, Jean a été remis sur pieds et on nous a fait passer les formalités de police de façon accélérée, pendant qu’un employé de l’aéroport se débrouillait pour récupérer nos deux valises.

On trouve alors, notre sympathique guide d’Eurotur, Jorge, avec qui nous entrons rapidement dans le vif du sujet : c’est à dire la visite de Buenos Aires.

L’aéroport international Ezeiza se situe à une trentaine de kilomètres du centre ville. Ce n’est pas l’aéroport le plus important pour les Portenos, les natifs de Buenos Aires, qui prennent plus facilement l’avion depuis l’aeroparque J. Newbery, qui se situe, le long du Rio de la Plata, prés des parties vitales de la ville.

Nous aussi, nous allons être appelés à bien connaître cet aéroport domestique, puisque c’est de là que nous décollerons pour nos vols intérieurs : Mendoza, Mar del Plata et Iguaçu. Nous aurons même notre bistrot attitré pour prendre une bière ou un thé, tout en contemplant les eaux boueuses du Rio de la Plata, en attendant d’aller admirer le ballet des avions d’Austral, d’Aerolineas Argentinas ou de la Lan…

L’avion est, bien sûr, l’un des meilleurs moyens pour circuler dans cet immense pays qu’est l’Argentine. Il faut savoir que c’est le 8ème pays, par sa taille dans le Monde, avec ses 2 766 890 km2, pour la partie continentale.

Il se place au 4ème rang en Amérique, après le Canada, les USA et le Brésil. Quand nous sommes à Buenos Aires, nous nous trouvons, par exemple, à 400 km de Mar del Plata, 1 080 km de Mendoza et 3 180 km d’Ushuia…

L’Argentine revendique, aussi, 981 182 km2 de terres situées dans l’Atlantique Sud et en Antarctique.

Il va sans dire que, compte tenu de ces chiffres, c’est un pays qui a joué et jouera un rôle essentiel, dans l’économie mondiale, dans les années à venir.

C’est un pays intéressant aussi car on y rencontre une multitude de climats : on passe du climat subtropical à Iguaçu, à la frontière brésilienne, toujours chaud et toujours humide, au climat aride de l’oasis de Mendoza où il ne tombe que 200 mm d’eau par an, puis au climat tempéré de Buenos Aires ou de Mar del Plata, pour atteindre enfin, vers le sud, le climat quasi polaire de la Patagonie. Tous ces climats dépendent aussi du relief : même si nous sommes à la même latitude, le temps ne sera pas identique dans les Pampas ou dans les Andes.

N’oublions pas pour terminer ce petit tour géographique, que l’Argentine porte le pic le plus haut de l’Amérique avec l’Aconcagua, qui culmine à 6 960 mètres d’altitude. En partant de Mendoza, il est possible, parait-il, de le voir si on grimpe, un peu, dans la montagne…Nous n’avons pas eu le temps de faire ce petit tour, cette année, mais nous espérons bien le réaliser un jour…

Le dernier aspect géographique à évoquer est, bien sûr, celui de la population: en 2009, on compte 40 millions d’habitants en Argentine dont 13 millions pour l’agglomération de Buenos Aires, soit le tiers de la population.

Buenos Aires :

Buenos Aires est une immense métropole, mais sa taille reste humaine, comparée à des mégapoles comme Tokyo ou Mexico. Même, en quelques jours, nous pouvons sentir l’âme des Portenos et comprendre pourquoi ils aiment tant leur cité. C’est une ville cosmopolite, comme le reste du pays mais où il reste peu de population indigène (moins de 10% du total). Comme le dit mon livre- guide : les Mexicains descendent des Aztèques, les Péruviens descendent des Incas … et les Argentins descendent des bateaux.

Oui, ils descendent des bateaux en provenance d’Europe : Italiens, Espagnols, Français, Allemands, Polonais … mais viennent, aussi, de contrées plus éloignées. Le président Carlos Menem, par exemple, était d’origine syrienne.

Ils descendent des bateaux mais il n’y a pas vraiment de port ou, même, la ville semble lui tourner le dos. Il est vrai que les eaux boueuses du Rio de la Plata n’ont rien à voir avec la pleine mer qui commence à plusieurs centaines de kilomètres de là.

A Mar Del Plata, à 400 km, c’est vraiment la mer, mais c’est surtout un port de pèche et une station balnéaire.

Bien sûr, le quartier le plus pittoresque, reste celui de la Boca, le vieux quartier du port où les maisons ont encore leur revêtement de tôles multicolores, ramenées du port quand elles étaient en surplus. Quant à ces couleurs criardes que nous admirons, en particulier dans la petite rue Caminito, elles proviennent des restes des pots de peinture utilisés pour repeindre les bateaux. C’est toute cette récupération qui fait l’âme de La Boca. Les immigrés, souvent originaires de la région de Gènes, se sont débrouillés avec les moyens du bord, c’est le cas de le dire, pour colorer leur vie…Et quoiqu’on fasse, le nouveau quartier de Puerto-Madero sera splendide, avec son Puente de la Mujer et ses magnifiques gratte-ciel, mais il n’aura jamais l’âme de La Boca. Il sera moderne et aseptisé.

Une autre raison qui explique que le port de Buenos Aires n’est pas aussi développé qu’il pourrait l’être, c’est que pendant une grande partie de la colonisation hispanique, le commerce ne devait pas se faire par l’Atlantique mais par la façade Pacifique (Pérou).

C’est pourquoi la première fondation du Puerto de Nuestra Senora Santa Maria del Buen Aire, en 1536, par Don Pedro de Mendoza, tomba rapidement en désuétude. Dès 1537, il partit et mourut, en mer, sur le chemin du retour. Mais d’autres membres de son expédition firent 1 600km en remontant la rivière et fondèrent Asunción, l’actuelle capitale du Paraguay.

Ce n’est qu’en 1581 que des personnes recolonisèrent ce site que Pedro de Mendoza avait trouvé.

A la fin du 18ème siècle, en 1776, le déclin des mines d’argent de Potosi, au Pérou, entraîna l’Espagne à reconnaitre la ville comme la capitale de la vice-royauté du Rio de la Plata. Buenos aires comptait, alors, 20 000 habitants.

En 1806-1807, ses habitants durent repousser des invasions anglaises.

Pendant ce temps, en Europe, Napoléon Ier faisait la conquête de l’Espagne(1808) ce qui donna à Buenos Aires un peu d’indépendance, surtout à partir du 25 Mai 1810. C’est d’ailleurs cette date que nous pouvons lire sur le petit obélisque de la Place de Mai qui a été le point de départ de notre visite de la ville.

C’est, autour de cet obélisque, que tournaient, chaque jeudi, les mères, veuves ou sœurs d’une personne disparue, pendant les années de dictature. Pour symboliser, cette marche silencieuse et les foulards qu’elles portaient, des mouchoirs blancs ont été peints sur cette place. Nous les retrouverons aussi, devant la cathédrale de Mar del Plata.

Cette Place de Mai a longtemps été le cœur de la ville : on y trouve le Cabildo, bâtiment colonial classique qui a abrité les édiles durant la colonisation espagnole, la cathédrale métropolitaine, qui ressemble plus à un temple grec avec son fronton triangulaire et ses colonnes qu’à une cathédrale comme nous, Français, avons l’habitude d’en voir…On y trouve aussi la Casa Rosada, qui est la résidence présidentielle quand il faut recevoir des hôtes de marque. Mais la présidente, Cristina Kirchner, qui a succédé à son mari en 2007, vit dans un autre quartier, pour préserver sa vie privée : les Olivos. Une palissade métallique, mais ajourée, a été rajoutée depuis quelques années, pour séparer le Palais présidentiel des manifestations. Il est facile, en temps normal, de la franchir pour aller prendre des photos du Palais.

Une dernière particularité de la Place de Mai, que nous avons vue durant notre visite de Novembre 2009, était la présence de quelques personnes et de banderoles demandant qu’on prenne en compte les hommes qui avaient combattu durant la guerre des Malouines (Maldivas pour les Argentins), en 1982. Mais cela se passait sous un autre régime et le gouvernement actuel n’a envoyé personne pour parlementer avec eux, depuis dix huit mois qu’ils sont là. Je dis cela pour information, j’ai pour principe de ne jamais me mêler de la politique d’un pays où je vis ou que je visite.

D’autres bâtiments, construits en style français (Mansard) ou plus modernes, bordent cette Place de Mai. Ils montrent le cosmopolitisme de cette ville de Buenos Aires, dont l’agglomération compte environ 13 millions d’habitants, comme je l’ai déjà mentionné.

En 1862, Buenos Aires est déclarée capitale de la république d’Argentine. Après cette date, l’immigration va être massive.

Entre 1869 et 1895, la population de la ville sera multipliée par 7. Beaucoup d’immigrants, précédemment cités, travaillent dans le port, tandis que les Basques et les Irlandais prennent la direction des pampas, pour devenir bergers, le plus souvent. Nous rencontrerons, d’ailleurs, un descendant basque, en vacances, à Colonia del Sacramento. Les exportations de laine sont multipliées par 10, entre 1850 et 1880.

Mais au début du XXème siècle, l’industrie n’absorbait pas toute l’immigration. Le manque de travail et la nostalgie seront à l’origine de la vogue du Tango, incarné par Carlos Gardel, certainement né dans la région de Toulouse.

On appelle souvent Buenos Aires, le Paris des Amériques, et il est vrai que, moi, qui suis née à Paris, j’ai retrouvé des impressions que j’avais ressenties dans le Paris des années 50, qui a été le mien, au temps où Picasso habitait, rue des Grands Augustins, à deux pas du Pont-Neuf et de la Seine.

On sent que c’est une ville animée, où la culture n’est pas un mot vide de sens. Le théâtre Colon, dans l’immense avenue 9 de Julio, doit être un lieu agréable à fréquenter, même si actuellement la façade est en pleine réfection.

De la Place de Mai, nous empruntons de petites rues pittoresques, parallèles au Paseo Colon, pour nous rendre au quartier de San Telmo où foisonnent restaurants et milongas (bars à Tango).

Nous nous arrêtons près du Parc Lezama, dans l’avenue Brasil, en face de l’église orthodoxe russe, construite en 1904, pour aller prendre en photo, une statue de bronze, du fondateur de la ville : Pedro de Mendoza.

Puis, nous passons dans le quartier de la Boca, où tout est dédié au dieu football. La notoriété du club des Boca Juniors a, depuis longtemps, dépassé les frontières argentines. Nous longeons leur stade où la marque Coca Cola a du laisser tomber ses couleurs réclame habituelles pour utiliser uniquement le blanc et le noir. Nous rejoignons la place Dorrega, où chaque dimanche se tient une foire aux antiquités et la rue Caminito dont je vous ai déjà parlé, en évoquant le port.

Sous le périphérique, où le terrain n’appartient à personne, des pauvres ont construit des maisons de fortune.

Après avoir longé les docks, rénovés comme à Sydney, nous arrivons à l’emplacement du Buquebus. C’est de là que les ferries partent pour traverser le Rio de la Plata et rejoindre l’Uruguay.

Puis nous traversons des quartiers résidentiels : Palermo Viejo, Retiro, Recoleta…Les ambassades ont élu domicile, comme il se doit, dans les vastes demeures des riches portenos du XIXème siècle. Les jardins sont superbes, éclairés par le mauve des jacarandas en fleurs. Buenos Aires est vraiment belle en ce printemps 2009.

Nous finissons par le cimetière de La Recoleta, qui comme le Père Lachaise à Paris, regroupe les sépultures des familles les plus en vue. Tous les guides vous en faisant des descriptions exhaustives, je serai brève  car je n’affectionne pas particulièrement les cimetières. Le mètre carré devant être cher, les mausolées se succèdent, chacun voulant être plus grandiose et original que le précédent.

On passe, bien sûr, prés de celui de la famille Duarte, où le corps d’Evita Peron, morte à 33 ans, a enfin trouvé le repos après de longues pérégrinations...

Une remarque cependant, les cercueils ne sont pas ensevelis, ils sont situés au dessus du sol et, parfois, visibles…

Pour ne pas quitter Buenos Aires sur une note triste, il y a une chose qui m’a beaucoup amusée dans cette ville, c’est de voir un nouveau métier, certainement appelé à un grand avenir : promeneur de chiens. Tenus en laisse, par grappe de dix, vous en croisez, un peu partout prés des parcs. J’ai été frappée par la sérénité que les chiens affichent en étant promenés ainsi !

Départ vers Colonia :

Le jeudi 12 novembre, nous quittons, de bonne heure, l’hôtel des American Towers, pour rejoindre l’embarquement du Buquebus. Il est sept heures du matin, et il n’y a pas grand monde dans les rues car, les Argentins, qui adorent souper tard et faire la fête le soir, ne sont pas encore levés. En moins d’un quart d’heure, nous sommes à l’embarquement du ferry de 8 heures trente, pour Colonia Del Sacramento, en Uruguay. Il n’y a pas trop de monde pour embarquer les gros bagages, car de nombreux Argentins font le trajet, pour la journée seulement, et sont, donc, peu chargés. Une note amusante : dans la file d’à coté, un jeune gaucho fait la queue avec sa selle de cheval sous le bras, tandis qu’un autre sirote son mate avec une petite paille en argent. Ils ont à proximité une bouteille Thermos, pour rajouter de l’eau chaude dans leur boisson favorite, sorte de thé, que je n’ai pas eu l’occasion de goûter. Nous verrons cela assez souvent, dans les rues, en Uruguay.

Il n’y a que 65 km de distance pour traverser le Rio de la Plata, jusqu'à Colonia, l’embarquement et l’installation se font, donc, rapidement car la traversée doit durer dans les 50 minutes. Nous doublons un porte-containers mais ne rencontrons pas d’autres bateaux. Le trafic, sur le Rio de la Plata n’est vraiment pas intense…

Sur notre ferry, le duty-free ouvre, les gens s’y ruent pour faire des affaires ou vont a la cafeteria pour s’offrir un petit déjeuner, d’autres se plongent dans le journal du jour, le Clarin ou la Nation. Les femmes portent des robes d’été. On sent une certaine langueur gagner les Argentins qui viennent de quitter Buenos Aires.

A l’arrivée, nous récupérons nos gros bagages. Je passe sans encombre la douane uruguayenne mais Jean est arrêté par un douanier curieux et je viens à la rescousse pour l’aider à ouvrir son bagage ! Comme c’est moi qui les fais, il n’a pas l’habitude…

Comme il n’y a pas de restaurant dans l’hôtel, nous nous renseignons pour connaître les bons restaurants du coin. Un Radisson vient d’ouvrir à deux rues de là. Le cadre est magnifique en bordure d’une anse, fermée par de petites iles. A part la couleur de l’eau qui est vraiment marron foncé, on se croirait dans une ile polynésienne. On aperçoit aussi le yacht club de Colonia. Bien sur, la Marina n’est pas très remplie, c’est le début de la saison.

Nous faisons un excellent repas, avec de l’espadon frais pour moi, tandis que Jean prend un filet mignon, vuelta y vuelta, c’est à dire à peine cuit. Nous dégustons un très bon vin rouge uruguayen au cépage typique, c’est du Tannat.

Quand nous rentrons, on s’offre une bonne sieste coloniale avant d’aller essayer l’eau de la piscine, un peu froide à mon goût. Mais nous y croisons un couple d’Argentins français. Le grand-père du mari, basque, s’y est installé au siècle dernier.

Le soir, nous allons faire nos courses et prendre un pot dans la rue principale, l’ambiance est très conviviale et ils connaissent les bocks de bière d’un demi-litre.

Le lendemain, après un excellent petit déjeuner où nous avons goûté le Dulce de leche qui ressemble à de la crème de marron, nous rencontrons les deux jeunes femmes qui vont nous accompagner tout au long de cette journée. Notre conductrice à un fils qui vit en Hongrie et notre guide est une jeune croate, née à Split, mais qui a bourlingué en Amérique (Vénézuela, Floride, Californie, Brésil) avant de se fixer en Uruguay. Elle a aussi fait un séjour de trois ans à Nice et parle donc le français.

La ville de Colonia a été fondée par les Portugais, en 1680 (par Manuel ou Miguel Lobo). Mais malgré le traité papal de Tordesillas, de 1494, qui normalement séparait en longitude les possessions portugaises et espagnoles, la ville de Colonia passera entre 1680 et 1777, des mains des Portugais à celles des Espagnols à plusieurs reprises.

En 1777, 10 ans après l’éviction des Missions Jésuites, la ville deviendra vraiment espagnole : les Portugais et leurs alliés Anglais en sont chassés.

Notre guide nous fait remarquer les différences dans les réalisations de ces deux peuples : les Portugais, par exemple, construisent des routes avec un caniveau central tandis que les Espagnols font des trottoirs. Une autre différence se voit dans la taille des fenêtres : celles des Espagnols sont beaucoup plus grandes et grillagées.

Le quartier historique, qui subsiste, se visite à pieds. Près de la Plaza Mayor on trouve un phare et les restes du couvent Saint François, quelques vieilles maisons transformées en musées mais qui ne sont pas encore ouverts. Des anciennes fortifications, il reste quelques murs et une belle porte (Porton de Campo).

C’était bien sûr un port, par lequel les Portugais faisaient entrer des esclaves noirs pour les plantations. Cela explique l’existence de la Calle de los Suspiros, qui était celle des bordels de l’époque. Le mot soupirs, ici, n’a pas le même sens qu’à Venise où le Pont des Soupirs était l’endroit où les prisonniers soupiraient, avant de se rendre dans leurs cellules, après avoir reçu la sentence du tribunal des Doges.

Nous terminons la visite de Colonia par celle d’un très joli marché artisanal vendant du cuir, des verres à mate et surtout beaucoup de confection en laine tricotée à la main. Il est vrai que nous ne sommes pas loin, à vol d’oiseau, des Andes où il peut faire très froid.

Nous quittons donc la quiétude de Colonia pour nous rendre, en voiture, a Montevideo, capitale de l’Uruguay, distante de 177 kilomètres.

Nous longeons un peu la côte mais nous voyons qu’elle n’est pas encore très développée pour le tourisme. Quelques Argentins commencent à y construire des maisons pour l’été, mais la plupart préfèrent aller s’installer à Punta Del Este, l’une des stations balnéaires les plus glamours du moment, en Amérique Latine,  et surtout située sur la pleine mer.

A quelques kilomètres de Colonia, nous nous arrêtons pour photographier une curiosité, une plaza de toros qui a été construite au début du XXème siècle par un Croate, à coté d’un petit resort. Cela n’a marché que deux ans, la fille du Président du moment, étant hostile à ce genre de sport…

Nous empruntons ensuite une autoroute à péages qui a été ouverte, à quatre voies, l’an dernier. Elle n’est encore parcourue que par quelques voitures et camions car les taxes sur les voitures sont encore très élevées en Uruguay.

Généralités sur l ‘Uruguay.

De la voiture, nous ouvrons grand les yeux pour nous imprégner de l’ambiance de la campagne uruguayenne. Le paysage est surtout fait de prairies fermées où paissent des chevaux et des vaches. Je lirai plus tard qu’il y à dix vaches par habitants dans le pays, cela me fait penser à la Nouvelle Zélande où il y avait dix moutons par habitant.

La population est d’ailleurs, à peu près, du même ordre. L’Uruguay comptait 3 492 382 habitants en Juillet 2009. Il se situe au 132 ème rang mondial, de ce point de vue.

Sa surface est faible aussi : 176 215 km2, ce qui correspond à la taille de l’Etat de Washington aux Etats-Unis. Pour l’Amérique du Sud, il est le 2ème Etat le plus petit après le Surinam, ancienne colonie hollandaise que nous connaissons car il a une frontière avec la Guyane française, le long du fleuve Maroni. Par sa taille, il se classe au 97ème rang mondial.

J’ai eu la curiosité d’aller voir la taille de quelques pays européens et j’ai été étonnée de constater que la Belgique ne couvre que 30 500 km2, les Pays Bas, 34 000 et la Suisse, 41 293 km2. Ce serait donc un vaste pays s’il se situait en Europe !

On l’appelle parfois la Suisse de l’Amérique du Sud, mais ce n’est pas pour son relief, car c’est un pays très peu élevé. Le point le plus haut est le Cerro Catedral qui s’élève à 514 mètres.

Cette platitude explique d’ailleurs l’entrée d’un vent, froid et soudain, venant des pampas argentines et nommé, donc, le Pampero.

Il compte 660 km de côtes, ouvertes sur l’Atlantique. Montevideo est un des grands ports en liaison avec la côte Atlantique. Une nouveauté pour le XXIème siècle, trois cent navires de croisière s’y arrêtent chaque année.

Quant aux frontières terrestres, il les partage avec l’Argentine (580 km) et le Brésil (1 068 km). L’Uruguay a été créé, en 1830, avec une intervention britannique, pour servir de tampon entre ces deux grands pays d’Amérique du Sud qui se disputaient cette « bande de terre ».

C ‘est un pays original par sa composition ethnique : il compte 88% de blancs descendants d’Européens, venant essentiellement d’Italie et d’Espagne, de 8% de métis et de 4% de noirs et ne compte pratiquement pas d’Amérindiens. Ses taux de natalité et de mortalité ressemblent, d’ailleurs, à ceux des pays développés européens : 13,91 pour 1000 pour la natalité et 9,09 pour 1000, pour la mortalité. Le solde migratoire apparaît légèrement négatif en 2009, avec –0,16 migrants. Le nombre d’enfants par femme n’est que de 1,92.

C’est un pays pourtant au climat agréable. Puisqu’il est situé au niveau du 33ème parallèle, son climat est tempéré avec des températures d’hiver de l’ordre de 10 à 16 degrés et de 21 à 28, en été. La vigne peut être cultivée dans le Nord Est du pays.

Mais la richesse de l’Uruguay a surtout reposé, au XIXème et XXème siècle, sur l’élevage : vente de la laine et travail du cuir, exportation massive de viande dès que les navires frigorifiques se sont développés.

Entre 1900 et 1950, les investissements anglais ont été importants dans les chemins de fer, la banque, le gaz, l’armement des bateaux, les abattoirs…En 1930, il a souffert de la Grande Dépression et plus récemment de la crise du Mexique, en 1995, et de celle de l’Argentine, en 2001-2002.

Il appartient, depuis 1991, au Mercosur, entente commerciale avec les principaux pays d’Amérique du Sud dont les réunions ont lieu dans un grand hôtel rénové de Montevideo. Son premier partenaire commercial est le Brésil.

Pour terminer ce tour d’horizon géographique, il faut savoir que la population uruguayenne travaille pour 9% dans l’agriculture, 15% dans l’industrie et 76% dans les services. Ce qui explique que la population soit concentrée dans les villes (92%). Le taux de chômage, lui, est de 7,6%, ce qui est faible comparé à de nombreux pays européens.

Montevideo

La ville s’est développée, sur une péninsule, près d’une splendide baie, le long du Rio de la Plata. Mais l’océan n’est pas très éloigné : de temps à autre, les eaux marron de l’estuaire se teintent de bleu et les marées sont assez sensibles. Montevideo est d’ailleurs réputée pour ses plages : Pocitos, Malvin, Carrasco, Buceo… même si ce n’est pas encore la riviera uruguayenne, qui s’épanouit près de Punta Del Este.

Ce site a donc été remarqué rapidement par les premiers colons tant Portugais qu’Espagnols. C’est un Espagnol, sous les ordres du roi Ferdinand V, Bruno Mauricio de Zabala (gouverneur de Buenos Aires) qui fonda la ville, entre 1724 et 1730. Des fortifications sont rapidement édifiées qui enserrent la ville, nommée alors, San Felipe de Montevideo. Six familles sont envoyées de Buenos Aires et d’autres colons arrivent des îles Canaries.

1) Le port de la péninsule : 1724- 1830 :

Dès que le fort est construit, le port se développe. Il y aura, tout de suite, concurrence entre les deux ports : Buenos Aires et Montevideo. Les Espagnols de BA appointent le gouverneur militaire de Montevideo. L’administration civile est entre les mains d’un gouvernement élu qui siège au Cabildo. Les édifices principaux de l’époque sont donc le Fort, le Cabildo et la Cathédrale. Pendant 8 décennies, des murs vont être construits pour fermer la péninsule.

L’Espagne y basera sa flotte de l’Atlantique sud, en 1776, et Montevideo sera le seul port d’entrée des esclaves, dans la région, à partir de 1786. Le commerce se développera sérieusement après les essais d’invasion britanniques de 1806 et 07. Ils firent une brèche dans les murs et occupèrent la ville durant huit mois.

A partir de l’année suivante les habitants vont commencer à penser à l’indépendance par rapport à l’Espagne, sous la houlette d’un homme né le 19 juin 1764 et baptisé dans l’église Matriz de Montevideo : Jose Gervasio Artigas. Il a été élevé dans le «Banda oriental», nom de la région à l’époque. Il devint militaire et commanda une compagnie. Vers 1811, il devint le leader du mouvement d’Indépendance. Il lutta contre l’Argentine mais aussi le Brésil, qui annexa le Banda, en 1820. Il dut alors s’exiler au Paraguay. Après une vingtaine d’années d’exil, on lui proposa de revenir mais il préféra rester au Paraguay où il mourut le 23 septembre 1850.

2) actuellement.

Aujourd’hui, nous pouvons voir la porte d’entrée de la forteresse, le Cabildo, construit vers 1814, la cathédrale métropolitaine, le théâtre Solis, inauguré en 1856. Sur la Place de L’Indépendance, trône, bien sûr, une statue de Jose Gervasio Artigas. Et sur l’un des côtés de cette place a été érigé le Palais Salvo, construit en 1928. Haut de 26 étages, il fut longtemps l’édifice le plus haut d’Amérique Latine. C’est de l’un de ses balcons que les personnalités ont observé le sabordage du Graf Spee, en décembre 1939.

La ville de Montevideo compte environ 1 326 000 habitants. La vieille ville a été bien réaménagée et compte des night-clubs et le pittoresque Mercado Del Puerto (1868). Des usines de bière, de phosphore, de ciment, de savon, d’huile, sont florissantes. Le pétrole est raffiné à la Teja et des usines thermiques produisent l’énergie nécessaire. Le port étant assez profond, on en parle comme d’un Hub possible pour la région de l’Atlantique sud.

La ville et la région de Mendoza :

La ville de Mendoza est située à 1080 km à l’ouest de Buenos Aires. On l’atteint après une heure de vol environ et on atterrit au coquet aéroport, el Plumerillo.

La région de Mendoza est une province andine couvrant environ 150 000 km2 et qui comptait 1 667 000 habitants, en 2005. Elle appartient à l’ensemble du Cuyo, avec les provinces de San Juan et de San Louis.

Sa capitale est Mendoza, fondée, en 1561, par les Espagnols. Son climat est désertique, il ne tombe que 200mm de précipitions par an et ce serait du bush si les indiens Huapes, n’avaient pas commencé à utiliser l’eau des rivières des Andes, pour créer des canaux et irriguer, dès le XVème siècle.

Les rivières descendant des Andes sont nombreuses. On peut citer les rios : Desaguadero, Mendoza, Tunuyan, Diamante et Atuel. De nombreux barrages ont été construits, huit au moins, permettant de donner en plus de l’eau, de l’électricité.

La principale activité de cette province est la viticulture. Elle assure la production de 70% du vin argentin et procure 84% de sa valeur (2006).

L’Argentine est le premier producteur de vin d’Amérique Latine et le 5ème du Monde. Les surfaces plantées sont inférieures à celles des années 1970, mais les rendements ont augmenté. Sur les 15,7 millions d’hl produits, 53% donnent du rouge, 38% du blanc et 3% du rosé. Pendant longtemps, les Argentins, gros consommateurs de vin (45l par hab. et par an) ont bu 90% de leur production, mais depuis les années 1990, ils ont amélioré la qualité pour pouvoir exporter. Ils étaient les 13èmes exportateurs mondiaux, en 2005.

Le vin de cette région est de plus en plus prisé, car, comme la vigne est cultivée au pied des Andes, entre 800 et 1700 mètres, il y a peu d’insectes ou de champignons, ils n’utilisent pratiquement pas de pesticides et font donc un vin bio, très à la mode…

Ce serait Juan Cedron, un Espagnol qui aurait apporté quelques ceps, au XVIème siècle, dans cette région.

Mais, comme dans beaucoup de pays d’Amérique, la viticulture fut tentée, à grande échelle, d’abord, avec des cépages locaux (Vitis Labrusca, Vitis Rupestris….) mais ils donnaient des vins au gout « foxé » soit très rude et acide. Les moines franciscains firent donc venir d’Europe, de meilleurs cépages. Pour le vin blanc, on utilise surtout du Chardonnay, du Torrontes, du Sauvignon, du Chenin, du Viognier et du Semillon.

Pour le rouge, les cépages les plus utilisés aujourd’hui sont : le Malbec (vin de Cahors), le Bonarda Tempranillo, le Cabernet Sauvignon et un peu de Cabernet-Merlot et de Syrah.

Les raisins indigènes Criolla Grande et Cereza sont utilisés pour 50% de la production de la province de Mendoza qui n’est pas exportée. Ils donnent des vins à bas prix pour le marché local.

Nous avons profité de notre séjour à Mendoza pour visiter trois caves à vin de Lujan, sur les 1221 que compte la région, s’appuyant sur des surfaces en vignobles et des modes de production du vin, très différents.

Nous avons d’abord visité la cave à vin : Weinert, fondée en 1890, donc l’une des plus anciennes. Ils utilisent encore de vastes chais en chêne. Pour la récolte, ils font venir des Boliviens qui restent pendant trois mois. Le domaine a été racheté, dans les années 70, par un brésilien.

La seconde que nous avons visitée s’appelle Norton. Quand on y arrive, on a une vue splendide sur les vignes taillées en treille et sur des champs de nouveaux plants, avec en fond, se détachant du ciel bleu, la Cordillère des Andes encore couverte de neige en ce début de printemps. Elle possède plus de 1000 ha de vigne et fait travailler 100 employés à temps plein.

Elle a été créée par un ingénieur anglais qui participait à la construction de la ligne de chemin de fer Buenos Aires - Santiago du Chili, entre 1895 et 1910. Depuis les années 90, elle appartient à la famille Swarowski, les cristalliers autrichiens. Les moyens les plus modernes sont utilisés pour la vinification. Il y a de moins en moins de barriques bordelaises de 200 litres, par contre, les cuves en inox sont nombreuses.

La dernière que nous avons visitée était de taille plus petite, avec une ambiance très conviviale. Elle possède 20 ha de vignes et n’a que vingt ans d’existence. Ce sont des Français, nés en Argentine, qui l’ont créée : elle s’appelle Ruca Malen. Nous y avons dégusté un excellent lunch de cinq plats, très nouvelle cuisine, arrosé de vins particulièrement choisis pour rehausser la saveur des aliments. Le menu était un vrai poème. Tout cela, bien sûr, sur une terrasse face aux Andes.

Autres activités de Mendoza :

La viticulture est essentielle mais d’autres cultures sont présentes comme le maraîchage, la culture fruitière et les fourrages.

Le sous sol est intéressant aussi : on en extrait du pétrole et du gaz naturel, de la chaux et de l’uranium. On considère que le sous-sol renferme 14% des réserves de pétrole d’Argentine. La production pétrolière a commencé à la fin du XIXème siècle.

Le frère de notre guide, je crois, fait des études de géologie à San juan, ce qui montre l’intérêt de la nouvelle génération pour le sous-sol.

Du point de vue industriel, on transforme les matières premières locales : comme nous l’avons déjà vu, les caves à vin sont nombreuses mais on trouve aussi des conserveries, des raffineries de pétrole, des cimenteries…

La plus grosse industrie de la région est IMPSA (industria metallurgica Pescarmona SA). Elle travaille dans le monde entier et produit principalement des équipements pour barrages hydroélectriques (turbines, générateurs et systèmes électroniques), des grues de ports pour le déchargement des cargos, des réservoirs d’hydrocarbures et depuis peu, des éoliennes.

Le tourisme s’est développé dans toute l’Argentine depuis les années 1990 et a connu un boom après la crise financière des années 2002-2003, le cours du peso devenant très intéressant pour les étrangers. Mais ici, cela a été encore plus flagrant grâce aux caves à vin et surtout grâce à la beauté des paysages naturels proches.

N’oublions pas qu’à 180 km de Mendoza, s’élève l’Aconcagua, le plus haut sommet d’Amérique Latine (6 962m). La sentinelle de pierre des Incas attire les grimpeurs les plus chevronnés de la planète. Le premier à la vaincre était, d’ailleurs, un Suisse, en 1897. Il paraît qu’elle est aussi difficile à escalader que des sommets himalayens de plus de 8000 m, à cause de conditions atmosphériques particulières.

Le parc national de l’Aconcagua a été créé en 1983.

Il existe aussi des stations de ski de renom : Las Lenas, Villa Penitentes et Vallecitos. Les circuits touristiques et de randonnées attirent des touristes argentins mais aussi du monde entier. Notre guide accueillait des Néerlandais, la semaine après nous et il y avait un car de Québécois dans notre Executive hôtel. Ils allaient traverser les Andes, pour se rendre à 390 km de là, à Santiago du Chili.

D’autres sports peuvent encore être pratiqués, le rafting sur les rivières, le parapente, la randonnée à cheval. Il y en a pour tous les goûts et tous les niveaux…

LA VILLE

La ville, elle même, de Mendoza est attrayante : c’est l’une des villes les plus animées d’Argentine. Elle compte 150 000 habitants mais on atteint 800 000 avec les banlieues. C’est la 4ème agglomération du pays.

Elle jouit d’un climat agréable, à 756 m d’altitude, de la proximité des Andes et des vignobles, comme nous venons de le voir. Elle est réputée aussi pour ses fêtes folkloriques et en particulier la grande fête des Vendanges, qui a lieu depuis 1936, le premier samedi de Mars. On y élit la Reine Nationale.

La ville de Mendoza a connu deux fondations : La première en 1561, par Pedro de Castillo qui vint du Chili et qui lui donna le nom du gouverneur de l’époque. Elle connut un essor rapide grâce à la viticulture, dont nous avons vu l’évolution, mais aussi, grâce aux mines d’argent d’Upsallata, situées à proximité. Des petits fours y avaient été installés pour fondre le minerai et quand il s’est raréfié, on les a utilisés pour la fonte des canons.

Elle jouera donc un rôle clé durant la guerre d’Indépendance. C’est de là que le colonel San Martin, futur général, rassembla son armée et la prépara à franchir les cols des Andes, en 1817, pour aller libérer le Chili et le Pérou du joug espagnol. Mais il ne reste pratiquement rien de la ville de cette époque, car un violent séisme l’a détruite, en 1861. Il y eut plusieurs milliers de victimes.

La reconstruction fut confiée, dès 1863, à un urbaniste français, Ballofet, qui la reconstruisit sur un site voisin. Le tracé est en damiers, avec une Place centrale, la place de l’Indépendance qu’on appelle aussi le Microcentro et quatre places aux angles du carré : la plaza Espana au sud-est, la plaza Italia, au sud-ouest, celle du Chili au nord–ouest, avec des statues du General San martin et de son comparse O’Higgings, et enfin la Place San Martin, avec une statue équestre du général. Ces places devaient servir de refuge à la population en cas de nouveau séisme, toujours possible, vue la proximité des Andes.

C’est de cette place San Martin que nous avons commencé la visite de la ville. C’est là qu’il reste quelques vestiges de la ville ancienne, comme l’église San Francisco, construite en 1731, et le couvent attenant. Ils sont aujourd’hui supportés par d’épais étais de fer.

On trouve aussi le Cabildo, dont l’intérieur a été récemment réaménagé en un musée qui raconte l’histoire de la région. L’emplacement aurait été utilisé dès 8 000 ans avant Jésus Christ.

Les historiens et les artistes locaux ont essayé, en particulier, de reconstituer le genre de vie des Indiens Huapes qui seraient à l’origine de l’irrigation par canaux…

On peut même voir des parties d’anciennes rues pavées, de canaux, d’ustensiles utilisés par les premiers colons. De nombreuses maquettes de plans de la ville sont exposées.

Nous nous sommes rendus ensuite au palais du gouvernement pour admirer le premier drapeau argentin.

Nous avons enfin terminé la visite par l’immense parc du général San Martin, dessiné en 1896, par le paysagiste français, Charles Thays,qui a aussi dessiné certains jardins de Buenos Aires. Il couvre 354 hectares et les Mendocinos peuvent se promener sur près de 17 km de routes.

Son entrée principale est située sur l’avenue de Boulogne sur Mer (nom utilisé car c’est là que le général est mort). Les grilles en fer forgé sont impressionnantes.

On trouve ensuite une reproduction des chevaux de Marly et une fontaine des quatre continents, symbolisés par des personnages en bronze. Puis, on atteint le lac des Régates qui fait penser à celui du Bois de Boulogne.

Nous terminons la visite par l’ascension du Cerro de la Gloria, situé à 985 mètres, et surmonté de sculptures et de bas reliefs magnifiques, qui racontent le passage des Andes par le général San Martin. En redescendant, nous apercevons l’amphithéâtre en plein air où se tient chaque année la fête des Vendanges. Il peut contenir 22 000 personnes sur les 200 000 qui y participent.

La ville doit receler de tas d’autres trésors, mais il aurait fallu plus d’une demi-journée pour les voir…

 

MAR DEL PLATA

 Apres l’oasis irriguée de Mendoza, nous avons eu des envies de mer et de vagues et la curiosité nous a pris d’aller visiter la ville, à laquelle on a donné le nom de Biarritz argentine, c’est à dire Mar del Plata, située, elle aussi, au bord de l’Océan Atlantique, mais du côté Ouest.

Nous aurions pu venir par la route car nous ne sommes qu’à 400 km au sud-est de Buenos Aires, par le train, l’essor de la ville date d’ailleurs de l’arrivée du train en 1886, ou par avion, ce que nous avons choisi de faire, car nous ne disposions que d’une journée pour nous imprégner de la ville.

En 50 minutes, depuis l’aeroparque de Buenos aires, nous atteignons Mar del Plata. Nous sommes en basse saison et prenons le vol de la soirée ce qui nous permet d’admirer, à l’atterrissage, le parfait damier de cette ville, créée dans la deuxième moitié du XIXème siècle.

Durant la saison estivale et la Semaine Sainte, le nombre de vols peut être multiplié par dix.

C ‘est ce que notre guide essaie de nous faire comprendre, quand il nous accueille au petit aéroport, où les bagages ont été vite récupérés. En hiver, la ville compte dans les 530 000 habitants et environ un million pour l’agglomération. Mais en janvier, février, près de 4 millions de touristes y séjournent et la ville connaît d’importants embouteillages.

Ce sont principalement des Argentins qui y viennent. Nous trouverons peu de gens parlant anglais ou d’autres langues que l’Espagnol, à la difference des autres villes que nous avons visitées. Il n’y vient pas non plus de touristes internationaux, qui préfèrent la station uruguayenne, à la mode, de Punta del Este.

Il est vrai que, comme nous sommes à 38 degrés de latitude sud, les températures y sont un peu plus fraiches : la température moyenne annuelle est de 14 degrés. Le mois le plus chaud est le mois de Janvier avec une moyenne de 20 degrés et le plus froid, le mois de Juillet, avec seulement 8 degrés. C’est aussi une région très arrosée et qui connaît de nombreux jours de brouillard. C’est la raison pour laquelle, un phare, d’origine française, fut assez tôt construit (1891).

Mais voyons les étapes qui ont marquées l’élaboration de cette ville.

Les premiers européens, à avoir connu cette côte, sont certainement les compagnons de Magellan, quand il partit faire son tour du Monde, en 1519. C’était une zone assez plane et donc mal drainée, d’où l’existence de nombreux étangs. Il y avait peu d’arbres, les espèces que nous trouvons aujourd’hui sont, pour la plupart, importées.

En 1756, une mission jésuite s’y installa : Nuestra Senora del Pilar, mais elle ne dura pas longtemps. La toponymie garde, pourtant, une trace de ce passage avec la Laguna de los Padres, située à une vingtaine de kilomètres en arrière de la côte.

En 1857, une tannerie portugo-brésilienne est créée ainsi qu’un petit port, à l’endroit qui s’appellera plus tard, la Pointe des Anglais. Cette tannerie ne marcha pas très bien et fut rachetée, en 1860, par un homme qui va attacher son nom à ce lieu. Il s’appelait Patricio Peralta Ramos et était né, en 1814, à Buenos Aires. Il acheta aussi plusieurs milliers d’hectares et installa une estancia d’élevage, vers Cabo Corrientes, qu’il légua à son fils , Jacinto, à sa mort en 1887.

Il fallut attendre le 10 février 1874, pour que l’autorisation officielle de fonder Mar del Plata fut donnée. Un armateur, possédant une flotille de voiliers, Pedro Luro, commença, à partir de 1877, à faire prospérer cette région.

Dans les années 1880, les Portenos commencent à venir mais ils doivent emprunter une diligence sur 180 km. Le gouverneur de province, Dardo Rocha, promet en 1883, l’extension de la ligne de chemin de fer. Le premier train entrera en gare de Mar del plata, le 26 septembre 1886.

En 1888, s’ouvrit le premier grand hôtel, l’hôtel Bristol, avec 67 chambres. Sa construction fut financée par Jose Luro. Petit à petit, il s’agrandit jusqu'à atteindre 500 chambres. C’est l’époque où de magnifiques demeures sont construites, par des architectes souvent d’origine européenne. Certaines de ces villas subsistent encore : la Villa Normandy, la Villa Victoria, la Villa ortiz Basualdo…mais beaucoup ont été détruites dans les années 1950, car elles ne correspondaient plus à la taille que désiraient les touristes et surtout elles étaient impossibles à moderniser intérieurement. Certaines sont devenues des musées.

Nous avons été étonnés par le nombre de belles maisons à vendre, en particulier dans le quartier de Los Troncos. Pour 400 000 dollars américains, vous pouvez vous offrir une magnifique résidence d’été...

Car la Belle Epoque de Mar del Plata s’est tenue, avant 1914. A cette date, l’ouverture du Canal de Panama, mit fin à tout espoir de développement du port de la ville. Il y a bien un petit port de pêche, un port militaire, mais le port commercial reste limité, compte tenu de son faible hinterland.

1914, ce fut aussi le début de la première guerre mondiale, en Europe, et les vacanciers vinrent moins nombreux. Quand la guerre se termina en 1918, la ville ne retrouva pas son faste d’antan. Les classes moyennes vinrent plus nombreuses profiter des 39 km de plages et on construisit des tours d’appartements.

De nos jours, les plages sont bien aménagées et offrent une variété d’activités sportives. Sur certaines, on peut même pratiquer le surf.

D’autres personnes préfèrent profiter du golf, proche du port, des nombreux sports équestres mais aussi du tennis. Nous avons ainsi vu, le tennis-club où s’entraina un argentin dont la renommée devint mondiale, dans les années 70 : Guillermo Vilas.

Si vous n’aimez pas le sport, comme Winston Churchill, vous pouvez aller voir les places historiques de la ville : la plaza San Martin, avec le Palais Municipal et la Cathédrale Saint Pierre et Sainte Cécile, aux très beaux vitraux français, la plaza Colon près du Casino et de l’hôtel provincial, ou la Plaza Espana où vous accueilleront les statues de Don Quichote et Sancho Panza…

Enfin, pour les amateurs de pittoresque vous pourrez aller admirer la seule colonie naturelle, en zone urbaine, de phoques : Los Lobos. Ils sont protégés, depuis 1994. L’animation est garantie, à tout heure, mais attention à l’odeur !

Enfin, la nuit, les lumières du Casino s’allument comme celles des restaurants et des boites de nuit. Mais vous pouvez, aussi, vous rendre au théâtre Colon, construit en 1924, ou aller écouter concerts ou chanteurs…

Finalement la ville de Mar del Plata est plus intéressante qu’elle ne le paraissait, au premier abord.

La région d’Iguazu.

La dernière etape de notre périple va nous conduire aux confins nord-ouest de l’Argentine, près d’un obélisque mythique, puisque c’est celui qui symbolise le point de rencontre de trois frontières : celles de l’Argentine, du Brésil et du Paraguay.

C’est une zone où le climat est quasi tropical avec une température moyenne annuelle de 18 à 20 degrés mais surtout avec des précipitations fortes et quasi continuelles.

C’est d’ailleurs, l’impossibilité de nous poser sur l’aéroport d’Iguazu, à cause d’un fort orage, qui va nous contraindre à attendre deux bonnes heures supplémentaires à l’aeroparque.

Enfin, le feu vert est donné pour l’embarquement. On essaie de caser quelques personnes supplémentaires des vols du matin, puis c’est parti pour une heure cinquante de voyage ou nous ne sommes finalement pas trop secoués.

Nous survolons de la foret vierge avant d’arriver mais aussi des plantations d’arbres récentes, dont le vert plus clair tranche avec le vert foncé de la forêt primaire.

Notre hôtel, l’Amerian d’Iguazu, n’a rien à voir avec l’Amerian de Mar del Plata. Il est splendide, avec des ascenceurs vitrés intérieurs, un decor ultra moderne, égayé par les taches de couleur d’immenses améthystes locales et d’orchidées. Notre chambre donne sur la confluence des rivières Parana et Iguazu et l’amphithéâtre des Amériques. Le beau temps est revenu, mais comme le temps est très changeant, ici, nous préférons prendre des photos tout de suite.

Le but de notre visite est bien sûr de voir le mieux possible, l’une des merveilles du monde : les chutes d’eau d’Iguazu. Mais de quelle côté sont-elles les plus intéressantes à voir ?

Comme nous l’explique notre guide brésilienne, 70% des chutes sont situées du côté argentin. Mais de ce côté-là, pour les approcher, il faut prendre un petit train puis le chemin du haut, puis le chemin du bas et un bateau où la douche sera garantie…

Par contre, du côté brésilien, comme nous serons face aux chutes, nous pourrons en admirer toute l’étendue sans trop de fatigue et sans être totalement rincés. Après réflexion, nous optons pour le côté brésilien.

Le lendemain matin, nous partons donc, dans une voiture brésilienne, pour nous rendre sur le site des chutes.

Nous passons le pont Presidente dont une moitié est argentine et l’autre brésilienne et entrons au Brésil, où notre guide se débrouille rapidement avec les formalités de police, malgré la foule de voitures de ce début de week end. Nous arrivons après avoir parcouru une quinzaine de kilomètres à l’entrée du parc d’Iguazu.

Le Parc brésilien a été créé en 1939 et couvre 185 000 hectares. Avec celui d’Argentine, ce sont 225 000 hectares de forêt tropicale qui sont ainsi préservés, pour la faune et la flore.

Au Visitor Center, nous achetons quelques souvenirs et des raincoats pour nous prémunir de la vaporisation de l’eau, quand nous serons au bord des chutes.

Nous avons de la chance d’être en voiture particulière brésilienne, car les autres touristes font la queue pour prendre des bus à toits en verre. Le système de bus me fait penser à la visite du parc national du Canon du Colorado. Cela permet de mieux canaliser le flot des touristes et de préserver l’environnement. N’oublions pas qu’il y a fréquemment 5 000 visiteurs par jour, dans le parc, et parfois 12 000, les jours de fête…

Nous sommes donc partis pour admirer ces chutes dont le nombre varie, selon le débit de la rivière Iguazu, entre 150 et 300. Lors des crues, elles se réduisent à moins de 20. Le débit est, en général, de 1 500 mètres cubes par seconde et peut atteindre 6 500 en temps de crue et 500 seulement en période de sécheresse. La hauteur des chutes peut varier de 40 à 82 mètres selon l’endroit.

Le mot Iguazu signifie «grande eau» en guarani. Les chutes sont formées par la rivière Iguazu, qui a déja parcouru 1 300km depuis sa source dans la Sierre do Mar . On est à 18km de sa confluence avec le Parana. Elle passe alors un dénivelé de terrain de 65 mètres, environ, sur 2 780m de large. Cette faille aurait 150 millions d’années. La rivière Iguazu a 1 200 mètres de large au-dessus des chutes. Au-dessous elle se rétrécit en une gorge de 65 mètres de large seulement.

La partie la plus spectaculaire du fer à cheval est la Garganta del Diablo, avec près de 85 mètres de dénivelé. Par un ascenseur vitré, nous pouvons nous rendre à son pied, puis après avoir revêtu les raincoats, car les eaux nébulisent fortement à cet endroit, nous pouvons nous rendre à une avancee d’une centaine de mètres. Là, le spectacle et le bruit sont vraiment grandioses.

Il ne nous reste plus qu’à reprendre l’ascenseur pour remonter au sommet et nous rendre en aval des chutes où on peut admirer une statue de Santos Dumont, qui, en 1916, a tout fait pour faire connaître ces chutes, au monde entier. On peut admirer une exposition de photos des pionniers de l’aménagement de cette zone, qui a été classée, en 1986, au patrimoine de l’Unesco.

Le retour sur l’Argentine se fait sans encombre et sous le soleil. Nous avons eu beaucoup de chance pour cette visite, car le lendemain, il pleut des cordes…

Le chemin du retour :

Il nous a valu pas mal de surprises compte tenu de la rotondité de la Terre. Nous avons d’abord, gràce à un temps très clément, pu apercevoir une partie de la Patagonie puis le détroit de Magellan.

Mais la plus grande surprise a été d’approcher suffisamment le continent antarctique ; au tiers du voyage environ. C’est pourquoi, nous avons pu photographier de vastes morceaux de la banquise, en pleine fonte, en ce printemps austral 2009.

 

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