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 "JOURNAL DE VOYAGE" DE MATWORLD

 

C'est un vieux rêve d'enfance que nous essayons de réaliser, en ce printemps 2007, de revenir d'Extrême Orient vers l'Europe, comme le faisait un grand nombre de militaires et de fonctionnaires au début du 20eme siècle, au rythme lent du train (le nôtre a rarement dépassé une vitesse de 60 km /heure en moyenne), traverser les platitudes ocres du désert de Gobi, sans supporter son soleil de plomb et l'immensité de la Sibérie sans être trop lassés par la monotonie des paysages : des bouleaux, des bouleaux et encore des bouleaux…Ce qui faisait dire à Jean, bien sûr, que c'était vraiment la patrie des travailleurs !

L'autre avantage aussi par rapport à l'avion, était de passer les six heures de décalage horaire, entre Beijing et Moscou, sans brusquerie.

Enfin, nous espérions voir les prémisses de l'arrivée du printemps sur cette plaine de Sibérie endormie depuis de longs mois. Le mot Sibérie vient d'ailleurs du mongolien " sibir " qui veut dire " terre qui sommeille ".

Notre moyen de locomotion va donc être le train mais nous n'allons pas le prendre en une seule fois pour parcourir les 7867 km qui nous séparent de la gare centrale de Beijing de celle de Iaroslav a Moscou. Non, nous allons procéder par étapes.

Tout d'abord, après un séjour de six jours à Beijing, pour prendre la température de la ville à un an des premiers Jeux Olympiques en Chine, nous allons passer un jour et une nuit dans le Transmongolien pour atteindre Oulan Bator, capitale trop vite grandie de la Mongolie.

Le Transmongolien n'a été rattaché au Transsibérien qu'en 1943, pendant la seconde guerre mondiale, certainement pour des raisons stratégiques mais les guides touristiques sont peu diserts sur ce point…

Le Transsibérien, lui, a commencé à être construit le 17 mars 1891, sous le tsar Alexandre lll, grâce à un emprunt lancé auprès des pays européens. Les Russes y voyaient un moyen de mettre en valeur les richesses naturelles(en particulier du sous-sol) de l'immense Sibérie et les autres pays européens, un moyen d'accéder plus facilement à l'Extrême Orient. Vladivostok ne sera atteinte qu'en 1906. La ville est située à 9300 km de Moscou et elle est restée longtemps fermée aux étrangers. La construction, comme on l'imagine, ne s'est pas faite aisément, en particulier en Sibérie, où le permafrost est pratiquement en surface. Les ouvriers posaient alors les rails directement sur le sol, sans traverse. Ils pouvaient ainsi avancer de 600 km par jour… Les ponts sur les fleuves tels l'Ob, l'Ienisseï et la Lena et leurs affluents ont souvent demande deux printemps et deux étés, le travail s'arrêtant en hiver. Quant au lac Baïkal, il a vu, certains hivers très froids ou la glace pouvait atteindre 3 mètres, le train le traverser avant qu'on puisse le contourner grâce à des tunnels. On peut d'ailleurs visiter à Irkoutsk, un musée du Transsibérien extrêmement détaillé.

Et si cela vous intéresse, Blaise Cendrars a raconte son voyage dans le transsibérien en 1905 mais je n'en ai lu que des extraits… Je ne sais pas si le livre est encore édité.

Nous sommes partis le dimanche 29 avril de Perth, alors que les jours commençaient à diminuer sérieusement puisque la nuit tombait déjà vers 17 heures trente. Il était donc temps de jouer les oiseaux migrateurs et de rejoindre l'hémisphère Nord, ce qui sera chose faite à l'arrivée à Singapour, 5 heures 20 minutes plus tard et 4 000 km plus au nord. Le vol m'a permis de me mettre au courant que la Compagnie " Singapour Airlines " fête ses 60 ans et qu'elle prend en charge 46 000 passagers par jour dans le monde. Il m'a permis de voir aussi, un film aux excellentes prises de vue en Chine ; " The painted Vail " et de goûter, une nouvelle fois, au très bon cocktail inventé au Raffles et qui porte le nom de " Singapour Sling ".

L'aéroport de Singapour n'a plus beaucoup de secrets pour nous et nous allons attendre le reste du groupe, qui vient de différents Etats d'Australie et un néo-zélandais, à la porte d'embarquement pour Beijing.

Nous avons déjà fait connaissance avec notre tour-leader et trois autres personnes dans la salle d'embarquement de Perth. Le tour se présente sous les meilleurs auspices, tout le monde se lançant dans l'aventure avec joie et bonne humeur. Nous formons un petit groupe de vingt personnes qui ne devrait pas être trop lourd à manier.

CHINE 2007

Après six heures de vol et 4000 km de plus, nous atterrissons à Beijing qui est à la même heure que Perth et Singapour, ce qui est très pratique pour nous. L'aéroport, qui n'est certainement pas le même qu'il y a 21 ans, est très clair et fonctionnel. Les formalités sont vite passées et nous rejoignons notre jeune et dynamique guide locale qui nous fait un rapide tableau de la Chine alors que nous empruntons une nouvelle autoroute, ouverte en prévision des Jeux Olympiques, qui démarreront le 8 août 2008. Que de 8, chiffre symbole de la chance en Chine !

C'est la première fois de leur histoire que des Jeux Olympiques se tiennent en Chine et, pour eux, c'est un véritable challenge de les réussir. Ils veulent montrer qu'ils sont le pays le plus peuple de la terre avec un peu plus d'un milliard 315 millions d'habitants et surtout, que, bien qu'ayant encore des dirigeants communistes, ils aient su s'adapter à l'économie de marché et à la mondialisation.

Beijing, qui compte 14 millions d'habitants, est devenue une vitrine de cette réussite : les constructions nouvelles sont légion, les avenues sont larges et bordées de jardins verdoyants, nous ne voyons pratiquement plus de vélos ni de vrais pékinois d'ailleurs… à part quelques chiens !

Notre hôtel, le Beijing international, est le reflet de tout cela, il est élégant et fonctionnel. Ses boutiques de souvenirs du premier étage regorgent de trésors en ivoire, en laque ou en jade et on imagine ce qu'a du être le Sac du Palais d'Eté, en 1860, par les armées franco-anglaises, durant la seconde guerre de l'opium…

Nous ne descendons pas du car pour aller visiter une nouvelle fois la Place Tienanmen où Mao a proclamé la République populaire de Chine le 1er octobre 1949. Nous avons déjà donné pour la visite du mausolée de Mao, qui n'a pas dû changer en 21 ans. Cette place est la plus vaste du monde avec ses 400 000 m². Elle surpasse la Place rouge de Moscou dont le but était, aussi, de montrer des parades militaires spectaculaires.

Au nord de la place se situe la porte du même nom qui a été construite au 15eme siècle et restaurée au 17ème et qui est l'une des entrées de la Cité Interdite dont la visite est prévue dans deux jours.

En ce matin du 1er mai, c'est le Palais d'Eté qui est au programme. Le ciel est clair et bleu ce qui montre bien que c'est la pollution qui l'obscurcit, les autres jours. Le Palais est situé à une douzaine de km au Nord Ouest de la ville et a retrouvé rapidement sa splendeur après le pillage dont il a fait l'objet en 1860 grâce aux efforts de l'impératrice Tseu-Hi. Pour le restaurer, elle a souvent utilisé une part considérable du budget de l'Etat. Elle ira même jusqu'à détourner le budget annuel prévu pour la modernisation de la marine chinoise pour construire, je crois, le bateau de marbre que l'on peut voir au Nord Est du lac Kunming. Ce lac occupe les ¾ de la surface du Palais d'Eté qui s'étend sur 267 hectares.

Cette impératrice Tseu-Hi mérite qu'on s'arrête un peu sur son cas. Elle a régné sur l'Empire Céleste alors qu'elle n'en avait pas le droit. Elle y est parvenue par la séduction, l'intrigue et le crime.

Comme vous le savez certainement, l'empereur de Chine avait droit à plusieurs épouses mais, en général, il se limitait à trois. Le nombre de concubines était théoriquement illimité. Certains empereurs en ont compté plus de 1000 mais cela nécessitait un nombre énorme d'eunuques qui servaient à surveiller la vertu des concubines de l'empereur. Vous imaginez, les problèmes d'hébergement et d'entretien que tout ce monde engendrait. Aussi, au 19eme siècle, un décret avait fixé le nombre à ne pas dépasser: 70, ce qui n'est déjà pas si mal, le choix des concubines revenant à l'impératrice mère.

C'est ainsi que la jeune Ye-Ho-No-La, la future Tseu Hi, fut choisie pour une place de 3ème rang, elle avait 15 ans. Sa chance fut de donner un fils à l'empereur Hien-Fong en 1856, lui qui n'avait eu que des filles de ses épouses comme de ses concubines. Quand Tseu-Hi vit l'empereur à l'agonie, elle l'adjura de reconnaître son fils comme héritier légitime, ce qu'il fit juste avant sa mort en 1861. Trois régents avaient été nommés, Tseu-hi s'assura de la complicité des eunuques de la Cour, fit arrêter les régents et les fit décapiter. Elle s'empara alors du sceau impérial et se fit décerner le titre d'impératrice douairière alors que la Régence était confiée au frère de Hien-Fong tout acquis à sa cause. Elle restera maîtresse absolue de la Chine pendant 47 ans. Elle arrivera même à garder le pouvoir après la mort de son fils en 1875. Elle mettra alors sur le trône un enfant de 6 ans, son neveu Kouang-Siu. C'est elle que l'on voit dans le film " Les Cinquante cinq jours de Pékin " qui montre la résistance des légations étrangères pendant la révolte des Boxers de 1900… Les Chinois la surnommaient " la femme dragon ".

On dit même que quand son neveu, devenu adulte, voulut faire des réformes, elle lui fit donner du poison puis elle choisit celui qui devrait lui succéder, son petit-neveu Pou-Yi, le neveu de l'empereur, qui n'avait alors que 2 ans et demi.. Quand le 14 novembre 1908, Kouang-Siu meurt, elle croit pouvoir être régente encore longtemps mais dès le lendemain, une syncope la terrasse.

Le 2 décembre 1908, le jeune Pou-Yi est couronné dans la salle de l'Harmonie Suprême. Commence alors la vie du dernier empereur de Chine, immortalisée par le film de Bernardo Bertolucci, en 1987, " le dernier empereur "dont une grande partie est historique.

Mais revenons à ce premier mai 2007 : nous sommes à l'entrée du Palais d'Eté, à l'Est, où une foule multicolore s'est donnée rendez-vous. En ce jour de fête, les campagnards sont venus nombreux admirer les fastes de l'empire céleste. On ne visite plus que les jardins et surtout le corridor long de 700 mètres, superbement décoré de scènes mythiques dans des teintes de vert, qui borde la partie Nord du lac Kunming. Puis, nous traversons le lac ce qui nous permet d'admirer les magnifiques ponts de l'Ouest.

Nous allons ensuite visiter une boutique de perles de culture multicolores. Dans l'huître, que le démonstrateur ouvre, il y en a huit. Je préférais la surprise de l'ouverture des huîtres naturelles de Tahiti. Je trouve les méthodes nouvelles trop industrielles.

Après un repas chinois pour touriste (buffet), nous regagnons l'hôtel de Pékin pour nous préparer à la soirée canard laqué et opéra.

La salle du spectacle de ce soir ressemble à la Comédie Française d'autrefois avec ses lourds rideaux, mais des tables en longueurs ont été dressées. On nous sert un excellent repas avec en point d'orgue, le célèbre " canard laqué ". Le spectacle, très coloré, ne commence qu'après le dessert.

En sept ou huit tableaux différents, nous allons voir défiler l'histoire de la Chine : de la conquête mongole aux jeux olympiques prochains. Les costumes des danseurs, aux couleurs chatoyantes, sont extraordinaires, souvent copiés à partir de vieilles estampes.

La jeunesse des acteurs, leur grâce et leur souplesse nous éblouissent.

Le lendemain matin, 2 mai, nous nous rendons à la Cité Interdite. Mais comme c'est aussi un jour de congé en Chine, notre guide nous fait entrer par la Porte de l'Est, celle qu'empruntait le corps des empereurs défunts et nous ressortirons par la porte du Nord, près de la Montagne du Charbon.

La guide évalue à 70 000 le nombre de touristes qui visiteront ce jour-là la Cité Interdite. Ce n'est pas le maximum, le pic étant atteint, en Juillet - Août, avec 80 000 personnes.

Il est inutile de dire que cette visite, dans ces conditions, n'a rien à voir avec ce qu'ont connu les 24 empereurs Ming et Tsing qui y ont vécu. La Cité Interdite n'est ouverte au public que depuis 1949.

Le palais, formé de 9999,5 chambres, a été construit par l'empereur Yongle entre 1406 et 1420. Il compte 800 bâtiments et couvre 720 000 mètres carrés. Le feu a souvent pris dans ces bâtiments en bois, ce qui explique que ceux que nous voyons sont souvent postérieurs au 18ème siècle.

Le hall de l'Harmonie Suprême est la plus vaste structure de cet ensemble. Il servait pour l'anniversaire de l'empereur et pour le couronnement. Le Palais de la Pureté Céleste était la zone de vie des empereurs. Le palais comprenait 9 chambres, avec trois lits dans chacune, pour assurer la sécurité de l'empereur. Enfin, plus au Nord, le palais de la Terre Tranquille était le lieu de vie des impératrices Ming. Durant la dynastie Qing, il ne servait que trois jours par règne, comme chambre nuptiale. Je dois dire qu'une visite de groupe perdu dans cette foule ne donne pas une idée de la quiétude des lieux durant le règne des empereurs. Peu de personnes étaient alors admises dans cette enceinte, ville dans la ville. L'impression que je ressens, c'est l'immensité de l'ensemble, la multiplicité des bâtiments, leur élégance, leur harmonie, leur couleur pourpre aux toits jaunes qui se détache de la blancheur des terrasses et des balustrades de marbre blanc. J'aime aussi les bords des toitures ailées ou se côtoient, comme des hirondelles en fin d'été, quelques silhouettes d'animaux minuscules et fabuleux. J'ai une pensée émue pour les milliers de concubines qui y ont vécu dans la plus grande solitude. Quelle prison dorée, cela pouvait-il être !

Le soir, nous nous rendons dans un quartier attrayant, que je serai bien en peine de situer sur le plan de Beijing : la petite Venise. Nous mangeons, dans une vieille maison en bois, un repas épicé qui fait les délices de Jean, habitué à l'harissa d'Afrique du Nord, mais nombre de nos compagnons ont les yeux qui pleurent, tellement c'est fort. Puis nous embarquons sur des sortes de gondoles tandis qu'une musicienne nous joue des airs d'antan sur un instrument qui ressemble a une viole. Le nom du lac serait Qianhai lake, selon notre guide. Nous y avons lancé des bougies sur des bateaux en papier et fait des vœux…

Ce jeudi 3 mai est très important, nous retournons voir la Muraille de Chine, distante d'une centaine de km de Beijing, par l'express way ouvert en 2006.

Je ne reconnais pas du tout l'endroit. En 1986, nous devions être allés à Bada Ling, section restaurée depuis 1957 ou le mur s'élève à 1000 mètres.

Le mur mesure dans les 3500 km de long et notre guide locale nous a affirmé qu'il était impossible de le voir de l'Espace comme le prétendent de nombreux livres. Il servait à se proteger des invasions mongoles (qu'il n'empêcha pas).Il commença à être construit en 290 avant Jésus Christ et fut rebâti plusieurs fois, d'abord en terre puis en pierres.

Sa visite est devenue très touristique depuis la venue du Président Nixon en 1972.

Cette fois-ci, nous allons à un autre site, situe à Si Matai, où il est possible de grimper à pieds, si on est en bonne forme physique, ou par le cable-car récemment installé. Une bonne moitié du groupe choisit le cable-car, notre tour-leader guidera les autres. La vue est vraiment impressionnante lorsque nous arrivons au sommet vers 1200-1300 mètres. La muraille s'étend à l'Est comme à l'Ouest et nous pouvons visiter quelques tours de guet. Nous mangerons d'ailleurs dans l'une d'entre elles grâce au pique-nique monté et organisé par des Chinois. Ils ont même pensé à deux parasols car le soleil cogne dur en ce midi : il fait certainement 30 degrés et le ciel est sans nuage…

Nous redescendons dans la vallée, sans difficulté, par les " œufs ", totalement déshydratés et alpagués par une nuée de vendeurs qui nous offrent, à prix d'or, boissons, fruits et les T-shirts : " j'ai grimpé sur le Grand Mur "…

Que dire de la campagne que nous traversons à l'aller comme au retour? Nous n'y voyons pas d'animaux, peu de gens y travaillent (peut-être parce que c'est un jour de fête). Nous ne voyons pas non plus de villages, seules quelques fermes s'allongent au soleil. Nous voyons surtout énormément de plantations nouvelles d'arbres fruitiers et de peupliers. Les citadins, eux, sont nombreux à avoir quitté Beijing avec des voitures particulières, signe que le niveau de vie s'est beaucoup élevé.

Nous visitons une fabrique d'objets en cuivre cloisonné où les conditions de travail restent lourdes : de sept heures du matin à six heures du soir. Les salaires, demandés dans différentes fabriques, donnent pour des ouvrières 700 à 800 yuans par mois. Jean m'offre un animal mythique pour la Fête des Mères à découvrir lorsque nous serons à Irkoutsk.

Vendredi 4 mai, c'est le dernier jour à Beijing où la pollution s'est réinstallée et où il fait plus de trente degrés. Nous allons visiter les Hutongs en rick-shaw et manger chez l'habitant. Nous montons à deux par rick-shaw, nous sommes les derniers, certainement car nous sommes les plus lourds. Ils sont assez confortables et notre pédaleur est un gros chinois rigolo.

Les hutongs n'ont pas d'étage mais sont très souvent équipés de climatiseurs, les rues sont étroites et déchaussées. Nous formons, avec les douze rick-shaw du groupe qui se succèdent, une grosse chenille rouge ou un gros dragon de premier de l'an chinois…Le quartier des Hutongs date du 13ème siècle : il devait exister au temps ou Marco Polo est venu en Chine.

Nous allons manger dans une de ces maisons. Passée la porte, nous entrons dans une cour intérieure avec arbres, fleurs et jardins fraîchement bêchés. Notre hôtesse a 53 ans : elle a dressé deux tables, une, dans sa salle à manger et l'autre dans sa chambre. A la fin du repas, elle nous fait visiter sa maison. J'ai la surprise de trouver une cuisine intégrée d'un rouge criard digne d'un pays occidental. Elle n'a qu'une autre chambre, pour son fils qui a maintenant 24 ans. Pour respecter la loi de l'Enfant Unique qui s'applique depuis 1975, elle n'a eu que cet enfant. Dans les campagnes, les parents passent souvent a deux enfants mais on n'évoque pas le problème de la surmortalité des filles, beaucoup de parents éliminant leur premier enfant fille pour essayer d'avoir un garçon qui perpétuera le nom. Mais " l'enfant des six amours " est-il aussi heureux qu'on le dise ?

Nous rentrons ensuite à l'hôtel où nous avons un briefing pour préparer le départ pour Oulan-Bator distant de 1356 km de Beijing, avec un changement d'essieux à la frontière à Erlian car l'écartement des rails de chemin de fer augmente de 85mm entre la Chine et la Mongolie.

L'embarquement, à la gare centrale, se fera très facilement. La préposée à notre wagon, nous apporte dans notre compartiment, un thermos d'eau chaude pour le thé de la journée. Nous faisons un arrêt à Datong puis traversons, à 700km de Beijing, une région un peu montagneuse ou s'accrochent quelques taillis roses. Sinon, c'est très plat et sec, avec quelques moutons. Le printemps n'a pas l'air encore arrive car les arbres n'ont pas de feuilles.

A 20 heures trente, notre chef de Wagon, nous fait descendre du train à la gare d'Erlian. Nous ne verrons rien du changement d'essieux mais nous découvrirons un duty-free intéressant pour refaire les réserves de Whisky et de cigarettes avant d'attaquer le désert de Gobi que nous découvrirons au matin…

MONGOLIE 2007

La première chose que nous voyons, en ouvrant les rideaux, c'est la platitude ocre du désert de Gobi, du sable à perte de vue. Ce n'est pas que ce désert ne soit formé que de dunes de sable, appelées ergs au Sahara.. Non, comme pour tous les déserts du monde, la surface en sable est faible (ici, à peine 3% du total) et les regs, déserts de pierre, forment l'essentiel. Mais la voie ferrée a été construite sur du sable, que des sautes de vent soudaines, soulèvent et roulent comme une fumée épaisse.

Le désert de Gobi reste l'un des plus mystérieux du Monde. Bien sûr, il a du être sillonné par les caravanes de la Route de la Soie depuis plusieurs siècles et " La Croisière Jaune " de Citroën l'a traversé dans les années 1930. Mais il reste mal connu, peu exploré, peut-être parce qu'on n'y a pas encore découvert de gisements de pétrole prometteurs !

Le site de ce désert est une ancienne mer intérieure où on trouve encore des trésors d'os et d'œufs de dinosaures, fossilisés.

Le désert de Gobi mesure près d'1,3 millions de km2 mais ses limites sont difficiles à cerner sur un Atlas. Ce qui est sûr, c'est qu'il ne s'étend pas que sur la Mongolie.

Il est situé à une altitude comprise entre 800 et 1200 mètres. On peut y trouver des chameaux de Bactriane, des gazelles, des antilopes, le fameux léopard des neiges ( en voie de disparition) à l'Ouest, vers l'Altaï et bien sûr les chèvres de Gobi, dont la laine du bébé de 2 ans, au printemps, sert à faire le fameux Cachemire de Gobi, hors de prix en Europe. J'ai d'ailleurs ramené d'Oulan Bator, un châle de cette sorte qui m'a bien servi en sortant du spectacle des danses Cosaques à Saint-Pétersbourg et qui a fait baver d'envie bien des femmes ce soir-là…

Mais la Mongolie ne se résume pas qu'au désert de Gobi. C'est un immense pays d'1,5 millions de km2, qui, si on le compare à un état américain, est de la taille de l'Alaska. A l'échelle de l'Europe, il est vaste comme trois fois la France, 2ème superficie européenne, mais à l'échelle de l'Australie, il semble bien petit puisqu'il ne représente que les ¾ du Western Australia. Il ressemble aussi à cet état australien par la faiblesse de sa population : 2 millions d'habitants en WA et 2,8 millions en Mongolie(chiffres 2006) ce qui donne des densités parmi les plus faibles du monde, de l'ordre d'1,7 habitants au km2 en Mongolie.

Situé, en moyenne, à 1500 m d'altitude, les températures sont rarement élevées en été (autour de 15 degrés) et sont fréquemment négatives en hiver. Mais la couverture neigeuse est faible et peu protectrice, car il y a peu d'évaporation possible et donc peu de précipitations. Le permafrost étant peu profond, cela rend les cultures pratiquement impossibles.

Le point culminant du pays se situe à l'Ouest : c'est le Tavanbogd Uul qui culmine à 4374 mètres. La traduction en langage européen, de l'écriture mongole, est très variable d'un livre à l'autre. L'orthographe des noms locaux n'est donc pas garantie.

La végétation qui domine est, bien sûr, la steppe que les autochtones parcourent sur des chevaux adaptés à l'altitude et au froid : ils sont courts sur pattes comme des poneys et très robustes : ils peuvent rester plusieurs jours sans boire et porter des charges de 120 à 200 kilos. Nous avons pu en essayer au Dugana camp. Même moi, je suis montée dessus, pas Jean, parce que ses pieds auraient traîné par terre… J'ai été conquise par cette steppe infinie où les animaux peuvent paître à leur gré pendant l'été. Leurs propriétaires y reconstruisent alors leurs yourtes, tentes rondes et basses, près d'un point d'eau et des " alpages ". Elles sont souvent regroupées par deux ou trois, appartenant à une même famille. Elles n'ont pas besoin d'être vastes car les Mongols vivent beaucoup dehors et n'ont que peu d'enfants : 1 ou 2 par couple seulement sans qu'aucune loi ne les contraigne, comme en Chine voisine..

Notre jeune guide nous dit d'ailleurs qu'elle a un fils, qui est élevé dans le désert de Gobi par ses parents, et qu'elle ne le voit qu'une fois par an car elle doit travailler et vivre à Oulan-Bator pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille. Elle parle de cela comme si la séparation était naturelle : Sa famille a compris que son avenir et celui de son fils ne seraient certainement pas dans la conservation du mode de vie traditionnelle mais qu'il était encore possible de préserver l'enfance de cette génération. Notre guide a perçu aussi que le tourisme était le meilleur moyen de promouvoir et de préserver l'originalité de son pays. Elle s'est donc spécialisée dans l'étude des langues étrangères : en plus de l'anglais, elle parle couramment russe. Il est vrai que le grand frère russe et le communisme ont pesé de leur joug, sur ce pays ultra-fermé alors, pendant plus de 60 ans.

La moitié de la population vit encore sous la tente et même si le gouvernement essaie de sédentariser les Mongols pour mieux les contrôler en leur donnant des terrains près d'Oulan Bator, ils marquent leur propriété par une palissade de bois mais ils y plantent leur yourte.

La yourte, est une tente qui se monte en deux heures. Les parois sont formées de treillis de saule, liés par des cordelettes. Le toit, lui, est fait de perches droites qui s'insèrent dans une coupole de bois de mélèze. Le tout est recouvert de pièces de feutres qui venaient, autrefois, de la laine des yaks, mais ceux-ci tendant à disparaître ( leur viande est trop coriace), les Mongols recouvrent la yourte d'une bâche de coton blanc, doublée de plastique, depuis les années 50. Ils sont ainsi faciles à repérer depuis un hélicoptère… Le toit possède une ouverture pour laisser passer le tuyau du poêle qui fonctionne à la bouse de bovins séchée. Souvent l'ouverture est maintenant fermée par un panneau de plexiglas. Mais il reste une trace de l'ancien temps dans une corde qui serpente à partir de cette ouverture et qui sert à accrocher un seau d'eau en cas de vents violents ou à réduire (voire clore) l'orifice en cas de précipitations.

La porte d'entrée de la yourte est toujours orientée vers le Sud, tournant le dos aux vents glacials du Nord. Les femmes s'installent à l'Est , du côté des divinités malfaisantes tandis que les hommes vivent à l'Ouest où les divinités sont bienfaisantes. Le Nord est réservé aux invités d'honneur. Sans le savoir, nous nous sommes installés comme cela dans notre yourte du Dugana Camp. En général, la yourte n'a pas de fenêtre et il faut ouvrir la porte pour avoir un peu de lumière… On n'y trouve pas non plus eau ou toilette et il fait bien froid, la nuit, quand on doit quitter la yourte pour aller se soulager. Il fait si froid, même en Mai, que du personnel du camp venait, la nuit, entretenir le feu dans notre poêle et nous ne fermions donc jamais la porte à clé, d'ailleurs il n'y en avait pas. Finalement le Club Méditerranée n'avait rien inventé avec ses paillotes ouvertes aux quatre vents et surtout aux mâles estivants, dans les années 60.

Les cavaliers n'utilisent plus les vestes traditionnelles matelassées fermées par des sortes de Brandebourg : la nouvelle génération porte Jeans, blouson et tennis… L'uniformisation est même arrivée jusque là.

Nous avons eu la chance d'aller manger dans une yourte où la femme, au visage typique, nous a préparé un repas traditionnel. Elle nous a montré comment elle faisait cuire le lait pour faire le beurre : elle le soulève plusieurs fois à près d'un mètre avec sa louche, puis le laisse retomber en un mince filet... Etait-ce du lait de vache ou de jument ? Je ne l'ai pas su. Il y avait tant de questions à poser. Deux choses m'ont marquée : l'arrivée à cheval de leur fille de 17 ans et la prestation du père qui nous a montré l'utilisation de l'Urga, long bâton flexible avec une corde au bout, qui sert de lasso ici.

Mais je n'ai pas vu d'Urga planté dans la steppe qui signale qu'il faut passer son chemin discrètement car cela signifie qu'un couple est plongé dans l'intimité, à proximité…

Je ne peux m'empêcher de me répéter, en quittant la montagne pour rejoindre Oulan Bator, le proverbe mongol : " C'est dans la steppe qu'est la liberté, c'est dans la steppe qu'est le bonheur ".

Très vite, apparaissent les premières palissades de bois qui enserrent les 700 mètres carrés donnés par le gouvernement : la capitale Oulan- Bator n'est pas loin… Elle compte déjà 1 million d'habitants (atteints aujourd'hui, selon le journal local) sur les 2,8 millions de la population totale du pays. Nous avons l'impression d'avoir changé de pays.

Nous avons ressenti la même sensation, en Australie, quand nous sommes arrivés à Sydney pour passer les fêtes de Pâques avec Gilles et sa famille. En côtoyant la population multiculturelle de Darling Harbour et l'hyper sophistication de la ville, nous n'avions plus l'impression d'être en Australie. Que la quiétude de Perth nous paraissait loin. Il est vrai que nous avions quand même parcouru 3000 km…

Là, il a suffi de faire 120 km et le monde a basculé. Pour l'instant, nous n'avions pratiquement pas vu de voitures : à peine une, de temps en temps, emportant une yourte démontée dans les montagnes. Notre hôte, à Dugana, avait une 4-4 et une moto quand même…mais là, les embouteillages sont continuels et il faut courir pour traverser un carrefour même si les feux sont au rouge. Nous avons vu peu de gens âgés et encore moins de vieux habillés avec les robes de soie à l'ancienne : un ou deux en cherchant bien. Non, la population était jeune, pressée et habillée de jeans. De temps à autre, on apercevait quelques bottes de cuir rouge ou blanc mais la plupart des passants portaient des baskets. Les maisons en hauteur ressemblaient à des clapiers et on sentait qu'elles avaient déjà perdu leur âme.

La vie a beaucoup changé depuis 1991 et la fin du communisme et nous comprenons que les jeunes aient été attirés par les lumières de la ville pour trouver du travail ou faire des études. Mais ils n'ont pas encore totalement perdu leur âme mongole : ils restent fascinés par leur illustre ancêtre, Gengis Khan, qui avait fondé, au 13ème siècle, le plus vaste empire que le monde ait connu. A l'Est, ses limites allaient de la Chine à l'estuaire du fleuve Amour et à l'Ouest, il s'étendait un peu au-delà d'une ligne Moscou-Bagdad.

Prenez le temps de visiter l'immense musée d'Histoire et vous verrez que celle d'Oulan Bator ne se résume pas à l'épopée de son "héros rouge" qui lui a donné son nom.

Dans le centre ville, le Palais d'Hiver ou Bogdo Khan, qui date de 1893, a été miraculeusement épargné par la folie destructrice des communistes qui ont pris le pouvoir en 1921, deux ans avant la mort du dernier roi de Mongolie.

Depuis 1991, la religion a repris ses droits et le chamanisme est très vivace : Les esprits des ancêtres règnent sur la nature et de nombreux sites sont sacrés. Il faut bien faire attention à ne pas heurter les ovoos, tas de pierres sacrés, qui ressemblent comme deux gouttes d'eau, aux cairns que l'on trouve à partir du cercle polaire, dans les pays scandinaves.

Nous avons eu la chance de pouvoir parler à un jeune moine bouddhiste efflanqué près du monastère lamasserie de Gandan tandis que les moulins à prières tournaient presque sans arrêt.

Mais là où nous avons ressenti le mieux l'admiration pour leurs ancêtres, leurs costumes et leurs coutumes, c'est lors des représentations de leur folklore : ils ont réhabilité des instruments de musique que je n'ai vus nulle part ailleurs (voir les photos de notre site) et surtout ils ont des chanteurs uniques au monde qui utilisent une voix à large tessiture qui semble venir du ventre et ils se servent de leur corps comme s'il était une cornemuse. Cela donne des sons gutturaux et allongés qui glissent le long de votre colonne vertébrale en vous faisant frissonner. Je ne trouve pas les mots pour expliquer cela.

Le plus beau spectacle a été celui que nous avons eu dans l'enceinte de l'hôtel Mongolia, avec les montagnes encore dénudées au loin. Il n'y avait plus l'attrait de la découverte, comme au spectacle de la veille, mais cette arrivée à cheval des hommes venant planter leurs oriflammes devant les tentes caidales, les danses paysannes au rythme effréné, les chants, les luttes à mains nues, la souplesse des jeunes acrobates… tout concourait pour nous faire sentir l'originalité de ce pays que nous allions quitter dans quelques heures et qui nous manquait déjà...

Le soir du jeudi 10 Mai, nous avons repris le chemin de la Gare, le responsable des guides locaux nous y attendait. C'était une montagne de muscles : il mesurait certainement plus de deux mètres et cela m'a fait penser à un article de journal, lu peu de temps auparavant, disant que l'homme le plus grand du monde actuellement est un Mongol de 57 ans qui mesure 2,36m. Il vient d'épouser une petite chinoise d'1m58…

Adieu ou au revoir la Mongolie. J'aimerais y retourner un jour, rencontrer à nouveau ce peuple fier et revoir aussi le travail extraordinaire qu'y fait une jeune australienne de Melbourne, dans un orphelinat, qu'elle a monté de toutes pièces…

A) Le voyage Oulan Bator -> Irkoutsk :

C'est donc le mercredi 9 mai, après déjà 11 jours de voyage, que nous quittons Oulan Bator pour rejoindre Irkoutsk à 1153 km de Moscou.

Nous quittons la Mongolie avec quelques regrets car les journées, que nous venons de vivre, ont été intenses et agréables. Nous avons rencontré beaucoup de gens attachants…

C'est vers 19 heures que nous rejoignons la gare. Il y a peu de wagons qui attendent pour se lancer vers la Sibérie. Ce n'est pas encore la pleine saison touristique. C'est la raison pour laquelle nous n'aurons pas de wagon de première. Mais notre compartiment n'aura que deux couchettes. Notre tour-leader, Chris, a très bien fait les choses : nous sommes tous dans le même wagon et les quatre " berths ", alternent avec les deux " berths ". Cela va nous permettre de nous sentir moins isolés. Nous avons, en plus, des voisins charmants : deux couples à gauche, Les et Jan de Perth qui sont toujours d'une gentillesse et d'une égalité d'humeur exemplaires, et Jim et Déborah, l'infirmière qui a soigné Jan dans les douches de Dugana Ger Camp quand celle-ci s'est démise l'épaule. Ils vivent dans la capitale, à Canberra, et connaissent bien la vie : ils ont quatre enfants…

Les gros bras de notre équipe ont déjà installé nos bagages. J'ai demandé à ce que les miens soient mis par terre, sous les banquettes, comme cela, je peux les attraper plus facilement si un vêtement nous manque… Je mets par contre les deux petits bagages dans la soute en hauteur : comme ils ne sont pas lourds, je peux les attraper facilement et quand je veux. Celui de Jean comprend les vêtements de rechange et pour la nuit, et le mien a été transformé en panier pique-nique : on y trouve les verres, assiettes, couteaux mais aussi le pain, le nutella, le whisky et de fabuleuses réserves de thé et tisane qui me permettent d'utiliser le Samovar du wagon à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit. Quelle extraordinaire invention que ce Samovar ! Les autres l'utilisaient pour des soupes instantanées mais comme je sais que Jean n'est pas amateur, je n'en ai pas pris. De toute façon, Jean ne s'approchera jamais du Samovar car, comme les chats, il craint l'eau et celle-la est en plus bouillante. Je me brûlerai plusieurs fois les mains mais cela aura l'avantage de tuer les microbes…

Apres une nuit de voyage, nous arrivons à la frontière mongolienne vers 5 heures du matin. Les toilettes sont déjà fermées depuis un quart d'heure. Nous ne commençons à remplir les papiers que vers 8 heures. Tout cela est fait dans le calme et nous en profitons pour grignoter les gâteaux, donnés par notre responsable de wagon, à Oulan Bator. Vers 11 heures 10, les passeports sont de retour et le train repart pour faire les quelques km qui nous séparent de la frontière russe de Naushki. Là, à nouveau sans passeport, il est impossible de descendre du train pour aller marcher ou se soulager un peu. La fermeture des toilettes commence à en titiller plus d'un et je suis sûre que certains ont dû recourir à des systèmes D pour résister… Je crois que nous sommes finalement restés 9 heures sans toilette. Je commence à comprendre les pilotes de chasse ou les occupants des capsules spatiales…

RUSSIE D'ASIE 2007

La frontière étant située sur une crête montagneuse, le paysage change brusquement après l'avoir passée. Nous suivons une rivière, la Selenga, qui coule impétueusement vers le nord. Des prairies apparaissent occupées, ça et là , de troupeaux de moutons. La taïga, forêt mixte de conifères et de bouleaux, fait son apparition. Nous sommes bien en Sibérie. Les bouleaux portent leurs premières feuilles, d'un vert tendre : le printemps est donc arrivé.

Nous restons sur la partie transmongolienne de la voie ferrée jusqu'à Ulan Ude, capitale de la Bouriatie où nous sommes raccordés à la partie transsibérienne. Il nous reste encore près de 6000 km à parcourir, puisqu'à Irkoutsk, nous serons encore à 5 153km de Moscou, selon mes calculs. Je n'ai pas le livre anglais sur le transsibérien que tous mes collègues se prêtent. Je procède donc par recoupements pour pouvoir me situer.

A Ulan Ude, je ne descends pas du wagon car j'ai toujours peur que le train démarre sans moi. Jan aussi est restée dans son compartiment, elle a eu cette frayeur étant enfant et cela subsiste. Je lui raconte l'histoire de la petite fille du Docteur Jivago qui a lâché la main de sa mère dans une foule à Khabarovsk et ne l'a jamais retrouvée…

La traversée de la Sibérie se continue avec ses petits villages aux maisons de bois noircies par la neige et aux volets bleu ciel, de ce couleur typique que l'on trouve dans les Cyclades grecques. C'est drôle de faire ce rapprochement alors que c'est si loin !

Nous nous préparons à une nouvelle nuit dans notre compartiment : le lit n'est pas large, le matelas épais de 6 cm ; je couvre bien Jean et je m'endors relativement vite, bercée par le roulis du train.

Vers 5 heures, Ann vient nous réveiller car notre arrivée à Irkoutsk est prévue vers 6 heures. Nous sommes tous prêts longtemps à l'avance et nous mettons près des fenêtres pour voir défiler le paysage. Je parle longuement avec Judy que j'aurai bien aimé avoir comme mère tant elle a de douceur dans la voix…

Enfin, la gare se profile. On nous a préparé à l'idée qu'il y aura des escaliers pour passer sous les voies. Notre jeune guide, Oxana est là : elle est dynamique et souriante ce qui nous réchauffe le cœur et nous fait oublier qu'il fait à peine six degrés dehors.

Nous sommes déjà le 11 mai 2007.

2) Irkoutsk : Capitale de la Sibérie orientale.

A la sortie de la gare, construite dans le style un peu baroque du 19ème siècle et peinte de couleur vives, un bus nous attend. Nous nous installons tous rapidement et partons à notre hôtel, distant de 2 km environ et situé sur l'autre rive de l'Angara. La chambre est vaste et éclairée par deux grandes baies qui donnent directement sur cette rivière, qui est la seule à sortir du lac Baïkal et dont le flot est si violent qu'elle ne gèle jamais…La promenade, qui la borde, est plantée d'arbres qui se parent des feuilles vert tendre du printemps. Ouf, après le train et le bitume des gares, cette verdure et cet espace font du bien. Je jette dans la baignoire tous les vêtements qui ont servi dans le train et fais couler une bonne dose d'eau chaude. Comme je viens d'enlever un tic des cheveux de Jean, je ne veux pas que d'autres bestioles aillent contaminer le reste des vêtements dans la valise. Puis je joue les lavandières du Portugal, en me mettant debout dans la baignoire, et je foule tout cela énergiquement avec les pieds, technique que j'explique à mes camarades femmes, du groupe, et qui fait école…. Ma grosse lessive est faite. Nous pouvons nous préparer à de nouvelles aventures. Nous avons rendez-vous à 12h30 pour le lunch et à 15h30 pour un après-midi surprise. En attendant, je somnole un peu et lis quelques renseignements sur la région.

La rivière Angara, dont je viens de parler, est un affluent du fleuve Ienisseï qui se jette dans l'océan glacial arctique. C'est l'un des trois grands fleuves de Sibérie avec l'Ob et la Lena.. La ville d'Irkoutsk a été fondée, en 1661, à la confluence de deux rivières, l'Angara, dont je viens de vous parler, et la rivière Irkoute qui a du influencer le nom de la ville. Pour situer dans le temps, maintenant que j'ai placé la ville dans l'espace, 1661, c'est le moment où Louis 14 commence à gouverner seul puisque Mazarin vient d'avoir la bonne idée de mourir et qu'il fait emprisonner, pour 17 ans, son surintendant des finances, Fouquet, qui vient de donner une trop belle fête dans son château de Vaux le Vicomte. Quelques Australiens, qui lisent les pages People des journaux, ont certainement entendu parler dernièrement de ce château : c'est là, qu'au début de juillet 2007, l'actrice Eva Longoria, du feuilleton " Desesperate Housewiwes " a épousé Tony Parker, un basketteur français. Cela a d'ailleurs fait couler beaucoup d'encre car, les photos de mariage étant déjà vendues, les fans qui s'étaient déplacés n'ont rien pu voir…

Mais revenons à Irkoutsk, qui est considérée comme l'une des plus belles villes de Sibérie mais surtout comme l'une des plus originales du monde.

Son centre historique est réduit mais on y trouve encore quelques belles maisons de bois noir aux fenêtres entourées de boiseries en dentelle. Il est temps d'aller les voir, car, comme elles sont vétustes et n'ont pas l'eau courante, elles vont donc certainement disparaître. Elles sont pourtant terriblement séduisantes pour les touristes qui n'arrivent plus à avaler les barres d'immeubles staliniens… On trouve aussi quelques belles rues avec des maisons du 19ème siècle, peintes en rose ou jaune Marie-Thérèse…

On a surnommé la ville, le Paris sibérien. Moi, qui suis née en plein cœur de Paris, je n'irai pas jusque là, mais il est vrai qu'aux détours de certaines rues, j'ai senti que la ville avait une âme…Au 19ème siècle, de nombreuses personnes y parlaient français, en particulier les Décembristes dont je vous parlerai bientôt.

La ville est très riche, culturellement. Elle possède une trentaine de bibliothèques, des théâtres, des salles de concert. Elle fut aussi, longtemps, la base d'expéditions vers la Sibérie orientale, l'Alaska et la Chine.

La ville actuelle qui borde les rives de l'Angara, là où elle s'élargit de un ou deux kilomètres pour former la petite mer d'Irkoutsk, compte 600 000 habitants dont 88,5% de Russes, 3,4% d' Ukrainiens et 2,7% de Bouriates…Le taux de fertilité y est très bas. Sa population n'augmente que grâce à l'immigration.

Le lunch est classique pour nous, qui redécouvrons les saveurs occidentales mais les Australiens restent sceptiques devant leur entrée faite de museau…

La grande surprise de l'après-midi, c'est notre visite de la maison d'un décembriste, celle du Prince Wolkonski, issu d'une des plus riches familles de l'aristocratie du 19ème siècle.

Pour lui et sa famille, la vie va basculer après la mort du tsar Alexandre ler, celui qui avait laissé entrer Napoléon à Moscou. Il avait bien vu durant son règne se développer des sociétés secrètes mais il les avait trouvées inoffensives et n'avait donc pas fait intervenir sa police politique. Profitant de l'interrègne, les conjurés préparent une émeute pour le 14 décembre 1825, jour où le nouveau souverain doit prêter serment. Ils réussissent à soulever une partie des troupes, envahissent la place du Sénat à Saint Petersbourg et refusent de prêter serment à Nicolas ler. Ils espèrent, ainsi, hisser sur le trône, Constantin, frère de Nicolas, favorable à un régime constitutionnel (voir guide Visa : Moscou, St Petersbourg).

Le tsar Nicolas 1er, décide d'envoyer un médiateur, mais celui-ci est tué par un conspirateur. Le tsar fait alors charger la cavalerie : les mutins résistent. L'artillerie, enfin, arrive, elle, à disperser les rebelles. Certains tentent de traverser la Neva gelée, mais un obus tombe dans le fleuve. Le trou, énorme, provoque la mort, par noyade, d'un grand nombre de soldats… A sept heures du soir, tout est terminé.

Le tsar prend personnellement en mains l'enquête policière. Les meneurs sont rapidement arrêtés. Certains comme Pestel, Ryleev…sont exécutés dans la nuit du 14 au 15 juillet 1826. Tous les autres sont déportés en Sibérie, après avoir subi l'humiliante cérémonie de la dégradation militaire.

Le Prince Wolkonski fera donc partie de cette fournée d'exilés vers la Sibérie. Leurs femmes pourront les suivre à condition qu'elles laissent leurs enfants en Europe et elles n'auront le droit de voir leurs époux emprisonnés que quelques jours par mois au début.

Mais certaines partiront : des femmes, des fiancées… Parmi elles, on comptait de nombreuses françaises car le français était la langue de la culture et de la politique à ce moment-là. Beaucoup y moururent très jeunes, beaucoup ne revirent jamais leurs enfants, les conditions de vie étant particulièrement pénibles comme on s'en doute en 1826 en Sibérie. Elles auront à affronter la faim, la longueur des hivers et leur froid (-40 degrés), le manque de famille et de vie culturelle…

La femme du prince Wolkonski qui venait de mettre au monde un petit garçon, à l'age de 19 ans, partit. Elle confia son fils à ses parents en disant : " Je sais que mon fils sera plus heureux ici, même sans moi. Ma place est auprès de mon mari ".

Elle va tout faire pour essayer de survivre en attendant un geste du tsar leur permettant de rentrer à Saint-Petersbourg : elle va faire construire une jolie maison avec de magnifiques poêles de faïence, elle y créera même un jardin intérieur où elle obtiendra des ananas, elle aura deux enfants, recevra les journaux de France et invitera des écrivains et des compositeurs. Son Salon était célèbre et nous avons eu la chance de le voir revivre grâce à un concert organisé par le directeur de cette maison musée. Nous avons pu entendre des œuvres de Tchaïkovski, Chopin… et un poème de Pouchkine a été lu. Nous avons eu aussi la chance d'apprécier le son cristallin du seul piano pyramidal encore en état de marche dans le monde.

A la lumière des chandelles, nous avons pu imaginer les joies et les peines de cette Maria Wolkonskaia qui n'arrivera à tenir que quelques années dans cette Sibérie lointaine. Sur le tableau qui la montre, un ou deux ans avant son départ, on lui donne la soixantaine alors qu'elle n'avait que 43 ans !

Comme du mauvais temps est prévu pour dimanche, les deux guides nous annoncent que notre visite au lac Baïkal se fera le lendemain matin. Nous rentrons donc pour nous préparer à cette nouvelle péripétie du voyage.

Nous partons vers huit heures trente car le lac se situe à environ 50 km de la ville. Notre guide en profite pour nous parler des hivers sibériens. Quand la saison est très froide, la couche de glace sur le lac peut atteindre 3 mètres et les 4wd peuvent le traverser aisément. Mais les derniers hivers ont été moins rigoureux et l'épaisseur de la glace n'a pas dépassé les 50cm : plusieurs voitures y ont sombré. Le deuxième danger vient des loups : ils manquent de nourriture durant l'hiver et il ne fait pas bon aller pique-niquer dans la forêt, au printemps, quand ils sont affamés. Oxana nous parle aussi du chamanisme toujours vivace.

Notre premier arrêt est pour visiter le musée du lac. On y apprend que le lac Baïkal est l'un des plus vastes du monde (voir photos) avec ses 31 500km2. Il mesure 636km de long et 48 de large en moyenne. Ses côtes s'étalent sur 2100km. Le lac Tanganyika, par exemple, ne représente que la moitie de sa surface. Du temps de l'URSS, il constituait 80% de sa réserve en eau douce. Actuellement, il en représente 1/5ème au niveau mondial.

Il est surtout le plus profond du monde avec 1620 m au maximum et 730 mètres en moyenne. Certains pensent que le lac résulte d'un fossé tectonique. Il se situerait en bordure de la plate-forme de Sibérie. Les tremblements de terre y sont incessants. Le lac est alimenté par 336 rivières dont une seule ressort : l'Angara. On y trouve une très riche faune et flore comptant de nombreuses espèces endémiques.

Mais l'animal le plus original qui y vit, est le nerpa, seul phoque d'eau douce dont la colonie atteint au moins 100 000 individus. On a le droit de le chasser en avril.

Cet animal peut descendre à 180 mètres de profondeur, comme nous l'avons vu en essayant une sorte de sous-marin virtuel… Le nerpa a deux nageoires de queue (voir photo). Il est adulte à 19 ans.

Le poisson le plus courant est l'omul : il peut vivre 60 ans mais il est long à se développer car l'eau est très froide. Nous avons eu la chance d'en manger lors de notre sortie pique-nique en bateau sur le lac : notre hôtesse, Olga, venait de le fumer grâce à un petit appareil qui prépare le poisson en 40 minutes. C'est elle qui organise le repas de Noël du "Travel Director" de décembre et je suis sûre qu'il doit être délicieux. Ce matin-là, elle était allée chercher de l'ail et des baies sauvages pour nous faire un menu typiquement sibérien. Pris à l'arrière du bateau pour nous proteger du froid, c'est l'un des meilleurs repas que j'ai dégustés en Russie.

Le lac présente encore deux particularités : il est très clair, aussi limpide que celui de Crater-Lake dans l'Oregon et il est très froid : 8 degrés en surface, en moyenne, en été. Il est gelé de novembre à mai mais la couche de glace est très variable comme je l'ai dit précédemment. En automne, les tempêtes peuvent être terribles…

Son nom vient du Yakoute baigal qui veut dire mer ou océan. Ce lac, mer sacrée pour les Bouriates, est considéré comme " la perle de la Sibérie ".

Quarante villages ont été construits sur ses rives. Ils hébergent 100 000 habitants. Des chercheurs ont calculé que l'eau du lac Baïkal pourrait servir aux 6 milliards d'habitants de la terre durant 400 ans !

Le lendemain, nous irons sur le parvis de trois églises anciennes (voir photos) : deux orthodoxes et une catholique, sur la place Pobiedy (place de la victoire) voir le monument aux morts consacré à la dernière guerre mondiale, et admirer la confluence des rivières Irkoute et Angara. Nous visiterons aussi le musée du transsibérien après un court trajet en train miniature. Enfin, nous terminerons par le marché central pour préparer notre voyage de trois jours en train vers Moscou. Je prendrai 200 grammes de caviar osciete, du vin rouge de Georgie et de la vodka…

3)D'Irkoutsk à l'Oural :

Nous embarquons vers 16 heures dans le transsibérien express qui va nous conduire en trois jours à Moscou. Nous avons environ 4300 km à parcourir à travers la Sibérie occidentale.

La Sibérie représente pour la Russie 75% de sa surface soit près de 12,5 millions de km2. C'est un territoire plus vaste que le Canada où ne vit que 34,8 millions d'habitants soit seulement 23% de la population russe. C'est une région peu cultivable car le permafrost en couvre les 2/3, mais ses richesses du sous-sol, quand elles sont accessibles, sont incommensurables.

Cette fois-ci, nous avons un vrai wagon de première décoré dans les teintes bleu marine et acajou et pour le ravitaillement, une femme passe avec boissons, pains et pizzas très fréquemment.

La voie ferrée a été construite à la lisière de la taïga, aussi le paysage devient vite monotone entre les petits villages aux isbas de bois et la forêt de bouleaux.

Le premier arrêt se fait à Krasnoiarsk, à plus de 4000 km de Moscou. La ville a été fondée en 1628 comme fort militaire, c'était la capitale des cosaques. C'est maintenant un important port fluvial sur l'Ienisseï, large ici de 2km. La ville est assez banale avec ses barres d'immeubles modernes. Elle est restée fermée aux étrangers jusqu'en 1991 car elle fabriquait de l'armement nucléaire.

Nous passerons la ville de Novossibirsk sur l'Ob, 4ème ville de Russie avec 1,5 millions d'habitants, durant la nuit, puis franchirons l'Irtych à Omsk, à 2700 km de Moscou.

La vie est assez désorganisée dans le train car chacun vit à son rythme : certains sont à l'heure d'Irkoutsk alors que d'autres sont déjà à celle de Moscou. Il y en a même qui ont gardé l'heure de Melbourne ! La longueur des journées ne nous aide pas non plus à nous repérer.

Le train avance à un petit 60 km de moyenne car les convois se succèdent sur la ligne à raison d'1 tous les 20 minutes.

A 2 500 km de Moscou, la taïga commence à s'éclaircir et la steppe devient marécageuse en cette période de fin de fonte des glaces. Nous longeons des zones totalement inondées car les fleuves coulant vers le Nord ont dégelé plus vite au Sud. Nous prenons d'excellentes photos de raspoutitza.

Après l'arrêt à Tyumen où le froid est mordant, nous nous approchons d'Ekaterinbourg, dernière halte avant l'Oural et donc l'Europe. La ville est tristement célèbre puisque c'est là que le tsar Nicolas II et sa famille ont été massacrés le 17 juillet 1918.

Il ne nous reste plus qu'à guetter l'obélisque blanc et nous serons en Europe. Nous sommes à 1777 km de Moscou et allons rejoindre les 4 " berths " pour faire la fête.

RUSSIE D'EUROPE 2007

Au passage de l'obélisque de granite, nous ne sommes plus qu'à 1777 km de Moscou. Nous sommes dans les monts Oural qui marquent la frontière géographique entre l'Europe et l'Asie. Ce sont des montagnes de l'ère primaire fortement arrondies par l'érosion. Le point le plus haut culmine à 1894 mètres. Une épaisse forêt de bouleaux les recouvre. Mais les arbres sont peu élevés et la neige subsiste encore en ce 17 mai 2007. L'hiver a du être rude. Quelques villages, semblables à ceux de Sibérie, apparaissent ainsi que des isbas isolées. On ne peut s'empêcher de se demander comment des familles peuvent passer l'hiver dans des endroits pareils. Les cheminées fument ; côtoyant des antennes satellites ultra-modernes…

A partir de Kirov, à 950 km de Moscou, les gares ne sont plus en bois et paraissent stéréotypées. Sur les quais, les gens attendent le train, en anoraks de couleurs vives, pour les femmes. Les hommes, eux, sont souvent habillés de couleurs sombres et de canadiennes en cuir.

A aucun moment du voyage, je n'ai vu l'animation et le marchandage d'objets que nous devions découvrir sur les quais, lors du passage d'un Transsibérien. Comme les magasins regorgent maintenant de tout, cela fait déjà partie d'une époque révolue. Si on trouve quelques bières, il est impossible de dénicher de la Vodka et elle ne coule plus à flot dans le train. Il n'y a plus la gaieté et les danses qui s'y rattachaient selon les ouvrages que j'avais lus.

Quant au wagon-restaurant, les Russes le boudent, car la nourriture y est chiche et insipide. Nous y sommes allés une fois pour essayer mais cela nous a suffi. Entre le vin rouge à 1000 roubles et la portion congrue de bœuf Strogonoff, nous avons vraiment eu l'impression qu'on nous prenait pour des pigeons. Ils sont donc voués à une mort certaine.

A Nijni Novgorod ou Gorki, je suis descendue du train pour me dégourdir les jambes. Il commençait à faire plus beau et les arbres portaient des feuilles. Des jeunes, du train, sont descendus aussi pour jouer un air de fanfare. Le printemps commençait à échauffer les esprits des Russes, engourdis par leur long hiver.

Dans les jardins que nous longeons, les hommes bêchent, torse nu, leur petit lopin et les fleurs blanches des arbres fruitiers animent fréquemment le paysage.

Vers 11 heures du matin, nous ne sommes plus qu'à 300 km de Moscou mais il reste encore cinq heures de voyage.

Le paysage est toujours celui de la forêt de bouleaux et nous faisons un scrabble pour faire passer le temps. La banlieue de Moscou n'apparaît qu'à 8 ou 9 km de la ville. J'observe les gens qui attendent les trains de banlieue. Leur visage est assez indifférent au Transsibérien qui passe. Ils ne doivent pas rêver de longs voyages, juste à survivre au quotidien de leur vie…

MOSCOU

Pour l'arrivée en gare de Iaroslav, notre tour leader, Chris, nous met en garde contre les pickpockets, mais comme nous formons un groupe très soudé, personne ne s'approchera de nous. Nous ne devons pas avoir des têtes de gens qui se laissent faire.

Un bus nous attend dans l'enceinte de la gare et notre guide, âgée mais cultivée, nous prend rapidement en mains. Elle veut nous faire prendre le métro, dès ce soir, pour voir la Place Rouge avec les illuminations de la nuit. Cela doit être très beau mais elle ne se rend pas compte qu'on est cradingue et que nos deux seuls souhaits sont de prendre un bain et de trouver un vrai lit avec des draps propres, après ces trois jours de voyage en train.

L'Hôtel Radisson Slavanskaya que " Travel Directors " essaie pour la première fois, est très bien pour les services mais nous n'avons pas droit à une vue sur la Moskowa : c'est réservé à quelques chou choux. Espérons qu'à Saint Petersbourg, le tour-leader renverra l'ascenseur et nous donnera des chambres avec une meilleure vue ! Nous acceptons donc, sans rien dire, celle-ci qui donne sur l'arrière-cours et une cheminée de centrale thermique…

La place des trois gares, où nous sommes arrivés, est située au Nord Est de la ville alors que le nouvel hôtel, qu'a retenu le Tour Director, se situe totalement à l'Ouest. Nous avons donc le temps d'avoir un aperçu des différents quartiers de la ville de Moscou surtout qu'il est cinq heures et que c'est la " rush-hour ". Le moins qu'on puisse dire c'est que les constructions sont très hétéroclites : les palais du 19ème siècle, aux couleurs pastel, et les vieilles églises orthodoxes, côtoient des monuments massifs du stalinisme et des constructions modernes pas toujours bien intégrées. Le tout étant noyé dans une vaste couche de pollution. Qu'importe, le Kremlin est toujours là, superbe, dans son écrin de murailles rouges.

La ville de Moscou compte actuellement entre 9 et 10 millions d'habitants. Elle s'est construite autour du Kremlin dont les remparts datent du 15ème siècle. Le tour de ces murailles fait 2,5 km. C'est une ville qui vit à un rythme frénétique et depuis qu'elle a comme maire, Iouri Loujkov, elle paraît sans cesse en travaux. La partie centrale de cette mégapole est belle mais quand on franchit la ceinture des Boulevards, on ne peut s'empêcher d'être frappés par la tristesse de l'urbanisation.

Son principe de construction est radio-concentrique jusqu'à une autoroute périphérique longue de 109 km. Au-delà, une ceinture forestière s'étend sur une largeur de 10 à 15 km. C'est là que l'on trouve les datchas de nombreux membres du gouvernement. La ville est redevenue capitale politique en 1918 après la prise de pouvoir par Lénine mais elle n'a pas la beauté de Saint-Pétersbourg qui l'a éclipsée durant trois siècles.

Une simple remarque de vocabulaire : il ne faut pas confondre isba et datcha : l'isba est la construction en rondins de bois du paysan russe ( je n'emploie pas le mot de moujik, bien sur, totalement suranné) et la datcha est la villa, souvent en dur, qu'occupent les apparatchiks de toute époque…La valeur n'est pas la même. Par exemple, trois semaines avant sa mort au printemps dernier, Boris Eltsine ne retrouvait pas les titres de propriété de sa datcha dont le prix était estimé à 30 millions d'euros.

Après une bonne nuit, malgré une clim souffreteuse, nous descendons prendre un excellent petit déjeuner qui est le bienvenu après les repas, plus que succincts, du train. Je me fais photographier devant un grand ours brun empaillé avec dans les mains le Moscow Time du jour, au cas où quelqu'un serait à ma recherche… Ce qui m'étonnerait car je sais que je ne manque à personne. C'est l'avantage de devenir vieux ! Puis nous allons nous préparer pour aller écouter l'étrange histoire de l'Eglise du Christ Saint Sauveur.

. L'idée en était venue au Tsar Alexandre 1er quand les armées napoléoniennes défaites, quittèrent définitivement les frontières de la Russie, le 25 décembre 1812. Comme le jour de la libération de la Russie coïncidait avec celui de la Nativité du Christ, on décida que le maître autel de la nouvelle cathédrale serait dédié à cette grande fête. Cette construction suscita, dans toutes les couches de la société du pays, un fervent élan patriotique. Un concours fut institué : les architectes voulaient créer pour ce projet architectural, une union de la religion chrétienne et de l'histoire nationale. Alexandre 1er choisit le projet de l'architecte A. Vitberg qui présentait une cathédrale sur trois niveaux avec trois autels consacrés respectivement à la Nativité, à la Transfiguration et à l'Ascension.

La 1ère pierre fut posée le 25 décembre 1817 sur les monts Vorobiev, là où, naguère, se trouvait la dernière redoute de Napoléon. Mais le jeune architecte ne sut pas contrôler son vaste chantier. Les vols se multiplièrent. Il fut injustement accusé de dilapidation des fonds de l'Etat et fut exilé à Viatka.

Le nouveau tsar Nicolas 1er lança, en avril 1829, un nouveau concours qui fut remporté par l'architecte petersbourgois Constantin Thon. Il avait construit entre autre, les gares dans les deux grandes villes du pays… L'empereur vint en personne à Moscou pour choisir le nouvel emplacement de la cathédrale. Le premier s'étant montré sujet à des glissements de terrain, il choisit la colline Alexeevski qui se dressait face au Kremlin. Il est intéressant de noter que cette cathédrale moscovite fut érigée à la même distance du Kremlin que la cathédrale Saint Isaac de Saint Petersbourg, l'est du Palais d'Hiver… La nouvelle premier pierre fut posée le 10 septembre 1839 par le Métropolite de Moscou. La cathédrale devait symboliser : Moscou, troisième Rome. La construction dura 44 ans.

L'Eglise s'éleva donc, majestueuse, et son dôme dépassant les 100 mètres, étincelant d'or, était visible à plusieurs verstes de la ville. Elle devint, après la Place Rouge, le second centre de Moscou au 19ème siècle.

Constantin Thon mourut avant l'inauguration de son œuvre, en 1881. La consécration solennelle fut reportée de nouveau à cause de l'attentat du 1er mars de la même année qui coûta la vie au Tsar Alexandre II. Elle ne fut donc consacrée que le 26 mai 1883 lors du couronnement d'Alexandre III. Peu de vétérans de la guerre de 1812 purent y assister.

Le 25 décembre 1912, on commémora comme il se doit le centenaire de la victoire sur les armées napoléoniennes. Le 5 novembre 1917 malgré la révolution, on y élit un patriarche : Tikhon. C'était la première fois depuis l'époque de Pierre-le-Grand.

La cathédrale resta toujours le centre de l'orthodoxie russe même après le transfert du gouvernement à Moscou en 1918, alors que toutes les cathédrales du Kremlin étaient fermées.

Mais le 5 décembre 1931, à midi, sur l'ordre de Staline, la cathédrale du Christ Sauveur fut détruite. Elle resta pratiquement intacte après l'explosion des deux premières charges mais la troisième lui fut fatale. Les vielles moscovites, sur l'autre rive de la Moskowa, déclaraient que Dieu punirait les Bolcheviks et que rien, exceptée une nouvelle cathédrale, ne pourrait être reconstruit à cet endroit…

La seconde guerre mondiale interrompit la construction du fameux Palais des Soviets qui devait être érigé à la place. Une immense statue de Lénine devait le surmonter. La hauteur totale, selon le projet, était de 500 mètres (voir la hauteur des tours de Dubai actuellement)…. Ce devait être une antithèse symbolique à la cathédrale du Christ Sauveur.

En 1941, ses structures métalliques furent démontées pour servir à la construction de hérissons antichars pour la défense de Moscou.

Finalement, un Palais des Congrès fut construit à l'intérieur du Kremlin et la fouille laissée sur la colline fut utilisée pour l'aménagement d'une piscine à ciel ouvert et eau chauffée, dont les vapeurs endommagèrent gravement les peintures conservées dans un musée, à proximité.

Le Saint Synode donna son accord à la reconstruction de la cathédrale en 1990 mais la piscine ne fut démontée qu'au mois de septembre 1994.

Une nouvelle première pierre fut posée le 7 janvier 1995. Elle fut reconstruite conformément à son prototype historique, à partir de photos en noir et blanc bien sûr... Le 19 août 2000, le temple fut consacré. La nouvelle cathédrale devint tout de suite le centre spirituel du pays tout entier. (Extraits de la brochure achetée sur place : ouvrage publié avec la bénédiction du Patriarche de Moscou, Alexis II).

A l'intérieur, les peintres ont couvert 22000 m2 de parois en 3 mois. Ils étaient 300 et se relayaient jour et nuit. Le résultat est vraiment spectaculaire. (voir n'importe quel guide).

Apres avoir observé la ville de Moscou du sommet de cette cathédrale, nous nous rendons au monastère du 16ème siècle, de Novodievitchi où Napoléon 1er était venu se recueillir durant son séjour à Moscou en 1812…

Le soir, nous mangeons dans un excellent restaurant de style Louis XV où une harpiste nous donne un merveilleux récital.

Demain, samedi 19 mai, nous irons visiter le Kremlin. Le président Poutine n'y travaillera pas puisqu'il assiste à un sommet de l'Union Européenne avec Angéla Merkel, à Samara, sur la Volga.

La visite du musée des Armures ne commence qu'à dix heures mais nous commençons à faire la queue, en plein soleil, quarante minutes plus tôt.

L'emplacement où se situe le Kremlin est peuplé depuis des temps immémoriaux. Les premiers campements, selon les archéologues, dateraient de la fin du premier millénaire avant notre ère. Le site a deux avantages : c'est un terrain naturel difficile d'accès car il est baigné des deux côtés par la Moskowa et la Neglinnaia. On l'a appelé ensuite, le tertre Borovitski.

Moscou sera mentionné pour la première fois au 12ème siècle. En 1147,le Prince de Souzdal, Youri Dolgorouki, y invita à festoyer le Prince de Novgorod. En 1156, son fils, Andrei Bogolioubski, érigea sur ce tertre, une forteresse en bois, entourée d'un fossé de terre et d'une ceinture de bois.

Pour embellir la cité, Daniel, fils d'Alexandre Nevski, premier prince de Moscou, éleva plusieurs temples de pierre blanche.

Le nom de Kremlin est évoqué, pour la première fois, en 1331. Certains historiens suggèrent que ce mot provient du russe " Kremnik ", citadelle de pin. D'autres pensent qu'il vient de " Kroma " ce qui signifie limite, car Moscou servait de frontière aux confins du pays de Vladimir. Le métropolite Pierre, chef de l'Eglise Orthodoxe, vint s'installer à Moscou, en 1325. La ville devint le centre de la vie religieuse mais aussi politique et commerciale.

La première citadelle fut détruite par le feu durant l'été 1365. Le petit-fils d'Ivan Kalita, âgé de 16 ans, décida, alors, d'édifier une nouvelle forteresse, cette fois en pierre, dans la 2ème moitié du 14ème siècle. La muraille et les tours étaient faites de pierres blanches. Cela traduisit la consolidation des princes de Moscou. Elle résista aux assauts de troupes lituaniennes.

Un siècle passa : Moscou attira de nouvelles terres russes et réussit à se débarrasser, vers la fin du 15ème siècle, du joug mongol. Mais cette enceinte disparut aussi et on éleva la muraille, rouge foncé, actuelle ; ce fut l'œuvre d'Ivan III Vassilievitch qui se proclama Souverain de toutes les Russies. Il garda la forme d'un triangle et fit ériger des tours et des murs en briques entre 1485 et 1495. On renforça ensuite la partie sud. Cela fut souvent l'œuvre d'architectes italiens. Au 16ème siècle, ils tinrent compte des progrès de l'artillerie. Chaque tour du Kremlin constituait une forteresse autonome. Il existait aussi des passages souterrains secrets.

En 1508, on creusa du coté de la Place Rouge, un fossé conduisant de la Neglinnaia à la Moskowa.

Le Kremlin se transforma donc en une île difficilement accessible de tous cotés. On détruisit les constructions de bois sur 230 mètres pour diminuer les risques d'incendie. Le territoire du Kremlin atteignit ses dimensions actuelles de 27,5 hectares. Le Palais à Facettes et les principales cathédrales furent alors construites. (voir guides)

Après de nombreux incendies et l'incursion de Napoléon en 1812, toutes les constructions du Kremlin furent rétablies entre 1816 et 1835. Enfin, le Grand Palais du Kremlin fut érigé entre 1836 et 1847.

Avec le départ de Pierre le Grand sur la Neva vers 1706, Moscou perdit ses fonctions de capitale jusqu'en 1918. Le Palais du Congrès fut construit seulement dans les années 60.

\ Dès 1991, le Kremlin devint la résidence du Président de la Fédération de Russie et les cathédrales du Kremlin retrouvèrent leur place importante dans la vie de l'Eglise Orthodoxe Russe. Depuis 1990, l'ensemble architectural du Kremlin et de la Place Rouge font partie de l'héritage universel de l'Unesco.

En ce samedi 19 mai, nous allons découvrir le musée des Armures qui fut érigé au 15ème siècle pour y garder les trésors des souverains. On y trouve, bien sûr, des armes mais aussi des oeuvres, créées dans des ateliers spéciaux, pour l'usage de la Famille Royale. Plus de 4000 objets figurent dans ses vitrines dont l'observation, au pas de charge, est intéressante mais hyper-fastidieuse.

Nous commençons par le second étage moins embouteillé par les groupes que le premier et nous pouvons admirer des pièces de joaillerie, des objets de culte, des armes et bien sûr les fabuleux objets fabriqués par l'équipe de Fabergé. Un pissenlit en fleurs solidifié dans un vase m'a particulièrement étonnée. Il a 85 ans et a gardé toute sa fraîcheur.

Au premier étage, nous pourrons admirer des vêtements d'apparat en particulier ceux de l'impératrice Catherine 1ère, épouse de Pierre 1er et de la Tsarine Elizabeth dont la garde-robe comptait 15000 modèles…, le célèbre Bonnet de Monomaque et surtout les superbes attelages aux boiseries peintes.

Pour la description des innombrables cathédrales du Kremlin, je vous laisse aux mains des nombreux guides, il est impossible d'en faire un résumé.

J'ai, bien sûr, été impressionnée par le clocher d'Ivan le Grand, la reine des cloches (Tsar Pouchka) qui pèse 200 tonnes et qui n'a jamais sonné. Nous avions vu une cloche similaire à Mingun, en Birmanie, qui, elle non plus, n'a jamais sonné au sens européen du terme puisqu'elle n'a pas de battant, mais résonne, tel un gong lorsqu'elle est frappée, par un lourd bâton. Nous avons aussi admiré le roi des canons (Tsar Kolokol), énorme, qui n'a jamais tiré.

Nous sommes sortis du Kremlin près de la porte Koutafia et avons assisté à la relève de la garde près de la flamme du soldat inconnu.

En quittant ce lieu, nous croisons une manifestation famélique pour la remise en vigueur du régime communiste. Puis, nous allons manger dans un restaurant où les serveuses sont belles et typiquement russes, dans leur costume folklorique.

Puis, nous nous rendons sur la Place Rouge (400 mètres de long sur 130 mètres de large), par 35 degrés à l'ombre. Nous y entrons par la Porte de la Résurrection, avec ses deux tours à aigles bicéphales. Elle porte bien son nom puisque l'ancienne a été dynamitée, sur ordre de Staline en 1931, pour pouvoir faire passer les armes volumineuses lors de ses défilés. Celle-ci a été reconstruite à l'identique en 1995. Nous longeons le musée de l'Histoire, que nous ne visitons pas. Notre guide a fait ses choix. Il est vrai que notre temps est limité…

Nous apercevons le Mausolée de Lénine. Il a été construit en 1930, par l'architecte Alexei Chtchoussev : c'est un monolithe en gradins, fait de béton et de granite rouge. Il se confond assez bien avec le rouge foncé des murailles du Kremlin qu'il jouxte. Il a remplacé le mausolée en bois, bâti dans les jours qui suivirent la mort du leader de la révolution Bolchevique, en janvier 1924. Comme chacun sait, Vladimir Illich Oulianov, dit Lénine, est mort de Delirium Tremens, maladie qui découlait de la Syphilis qu'il avait contractée quelques années plus tôt. L'Histoire ne dit pas dans quelles circonstances…Il est quand même curieux de se dire que l'instigateur du communisme en URSS est mort fou. Il était, en grande partie paralysé, une année avant sa mort et n'apparaissait, bien sûr, plus en public. Tiens, comme c'est bizarre, on ne voit plus beaucoup, le Leader Maximo depuis quelques temps. Est-il toujours vivant et en pleine possession de ses moyens ?

Le corps de Lénine a été embaumé immédiatement mais il serait moins bien conservé que celui de Mao. C'est peut-être pour cela qu'il y a moins de foule pour aller le voir… Derrière le monument, le rempart a été aménagé en nécropole pour les grandes personnalités soviétiques comme Staline, Brejnev, Andropov, Sverdlovsk, Dzerjinski, Kalinine… dont les statues sont, pour beaucoup, déboulonnées mais aussi l'écrivain Gorki ou le cosmonaute Gagarine.

Nous entrons dans le Goum, qui borde la Place Rouge à gauche. Il a été construit en 1894 par l'architecte Pomrantsev dans le style néo-russe et a été réaménagé en 1953. C'était le Grand Magasin d'Etat. Il s'étend sur 252m de long et 88m de large. Il est constitué de trois passages réunis entre eux par des couloirs et des ponts, et recouverts d'une grande verrière. Il fait bon s'y promener au frais et y prendre un pot quand il fait 35 degrés dehors au-dessus ou en dessous de zéro (je suppose). Quant aux boutiques, uniquement occidentales, elles ne m'intéressent pas du tout. Le Goum est maintenant ouvert à tous mais il n'a plus d'âme.

De loin, la cathédrale Basile le Bienheureux est superbe surtout en ce printemps où les lilas sont en fleurs. Elle a été construite entre 1555 et 1561, sur l'ordre d'Ivan le Terrible pour commémorer la chute de Kazan, le premier octobre 1552, jour de la fête de l'Intercession de la Vierge. Elle prit le nom de Basile le Bienheureux, en 1588, à cause de la neuvième chapelle qui abrite la tombe de Saint Basile, un simple d'esprit, très pieux.

L'ensemble architectural est difficile à décrire. Je crois qu'il faut se laisser impressionner par l'originalité et la beauté de l'édifice, sans chercher à comprendre. Je n'ai fait qu'apercevoir l'intérieur car j'ai tout de suite été prise de claustrophobie et j'ai rejoint Jean au Goum.

Nous sortons de la Place Rouge pour aller humer le parfum du quartier de Kitai Gorod, qui, dès le 14ème siècle, était le quartier des marchands et des artisans. C'est le plus ancien quartier de Moscou. Nous prenons le métro, dont je reparlerai plus loin mais ne descendons pas à Arbatskaia pour voir la rue ultra-commerçante. Nous continuons jusqu'à la station Kievskaia, à deux pas de notre hôtel. Nous achetons des cerises à une marchande à la sauvette. Elles sont succulentes. Je termine ma soirée à la piscine de l'hôtel pour me détendre pendant que Jean essaie, dans la chambre, plusieurs marques de Vodka.

Le dimanche 20 mai, nous sommes déjà au 22ème jour de notre voyage. Nous faisons comme la plupart des Moscovites : nous allons dans la ceinture verte pour mieux respirer et voir la nature en fleurs. Pour cela, nous nous rendons à Kolomenskoie qui se trouve sur une boucle de la Moskowa au sud-est de la ville.

Ce nom fut mentionné pour la première fois en 1339, dans le testament d'Ivan 1er. Ce site devint l'une des résidences préférées des tsars du 16ème siècle. L'endroit est vraiment magnifique : vallonné, boisé et en plus, en ce 20 mai, les lilas, blancs et violets, et les arbres fruitiers sont en fleurs.

Nous ne sommes pas les seuls à avoir eu cette idée de promenade. Le domaine a été fortement agrandi sous Alexis 1er (1645-1676) puis il fut laissé à l'abandon après le règne de son fils Pierre le Grand (1682-1725), le tsar qui alla fonder Saint Petersbourg.

Durant l'époque soviétique, il servit de musée permettant de voir un panorama de l'architecture russe en bois : de nombreuses églises de différentes régions furent remontées dans le parc, qui s'étend sur 270 hectares. De nombreuses manifestations y ont lieu toute l'année. Les Moscovites adorent cet endroit et ses vielles bâtisses.

Après avoir franchi l'entrée en compagnie de nos deux guides (dont l'une en costume de femme de Boyard) nous apercevons, sur la gauche, la vielle église Notre-Dame de Kazan. Elle a été achevée en 1650, pour Alexis 1er. Elle remplaçait une construction en bois qui avait été érigée pour célébrer la victoire sur les Polonais qui avaient envahi Moscou en 1612. A l'intérieur se trouve une icône de la Vierge de Kazan, protectrice des armées russes. Selon la guide, c'est du baroque Narychkine.

Au fond du parc, près de la Moskowa, on trouve une autre église, édifiée en 1532, à l'emplacement d'un cimetière du 14ème siècle, à l'occasion de la naissance d'Ivan le Terrible. C'est une sorte de tour-clocher qui était en réparations lorsque nous sommes passés. Le haut toit de 70 mètres a la forme d'une tente polygonale et est couronné d'un dôme. Petite remarque : Ivan le Terrible doit, entre autre, son surnom, au fait qu'il tua l'un de ses fils sous l'emprise de la colère… No comment !

Un petit musée est installé dans le Sytny Dvor, ancien bâtiment de l'intendance du Palais. Au premier niveau, on trouve une série d'objets liturgiques dont des icônes. Au niveau 2, on peut voir l'une des plus grandes collections du pays de carreaux de faïence réalisés dans la région de Moscou, des portraits de tsars et de tsarines dont Elizabeth 1ère, Pierre le grand et Catherine II. On trouve aussi des objets de la vie courante : costumes, ustensiles, jouets.

Dans le Rucher, nous avons eu la joie de participer, en costumes, à la reconstitution d'un mariage paysan d'autrefois. J'étais l'amie de la mariée. Ce fut l'un des moments les plus originaux du Tour.

Nous reprenons ensuite le car, pour aller manger sur un bateau amarré. Le repas est servi rapidement et il fait frais, cela fait du bien.

Vers quatorze heures, notre guide a prévu de nous faire visiter le métro de Moscou. Il est vrai que la visite de la ville ne serait pas complète sans cela

Le premier projet de métro à Moscou, date de 1902. Il ne fut repris que dans les années 1930 car la population de la ville avait doublé et qu'il était nécessaire d'avoir un moyen de transport plus efficace.

Pour Staline, c'était un nouveau défi : ce serait la vitrine du socialisme. A partir de 1931, des ouvriers affluèrent des quatre coins de l'URSS : soldats de l'Armée Rouge, simples ouvriers et enfants des jeunesses communistes (les Komsomols)

En mai 1935 fut inaugurée la première ligne : l'actuelle ligne 1, du Park Koultoury à Sokolniki. En 1939, 22 stations accueillaient plus d'un million de passagers chaque jour.

Pendant la seconde guerre mondiale, le métro servit d'abri. Sa profondeur avait été délibérément calculée pour cela. Quand on y descend, on a une impression de pente vertigineuse et il faut bien tenir sa droite car Big Brother observe et rappelle à l'ordre si vous gênez quelqu'un.

Durant la guerre, la station Maiakovskaia fut le quartier général des forces aériennes tandis que Tschistye Proudy abrita celui de l'Etat Major.

En 2007, le métro de Moscou comptait 152 stations ouvertes et 360 km de voies de transport. Plusieurs lignes sont en cours de prolongement. Il transporte 8 millions de personnes par jour, soit plus qu'à Londres ou à New-York.

Chaque station est différente. Nous sommes descendus à Staganskaia et avons fait le cercle de ceinture. Pour changer de lignes, il faut prendre les escaliers, sinon vous pouvez faire tout le tour de Moscou en restant au même étage. Le métro va à 80 km/heure, il est très propre et fonctionnel. Certaines stations sont même superbes ; Komsomolskaia, Novoslodobskaia ou Kievskaiai. Nous terminons par une station qui n'a que 5 ans : Park Pobedy. Nous continuons en métro pour rentrer à notre hôtel. A part deux personnes, tout le groupe a suivi complètement cette visite extrêmement intéressante.

Apres une courte halte dans la chambre, je me prépare à la soirée pique-nique à laquelle, Jean décide de ne pas aller. Il n'aime pas les surprises !

Et bien il a eu tort car la surprise va être très agréable. La guide a réservé un bateau-mouche pour notre groupe. Nous sommes accueillis avec du pain et en chansons par trois russes costumés, un homme et deux femmes. Elles nous accompagnent jusqu'à notre table et se mettent à chanter : tout le répertoire des chansons du folklore russe y passe. Ils y mettent tout leur cœur et leur âme et cela me fait frissonner. La vue par les hublots, avec les Moscovites qui se dorent au soleil, après un long hiver, est un souvenir inoubliable. Nous aurons ri, dansé et chanté. Cela faisait longtemps que cela ne m'était pas arrivé. Tant pis pour toi, Jean.

Demain, je préparerai les valises qui vont partir par la route, le matin, pour Saint-Petersbourg. Nous, nous prendrons le train vers 16 heures après un arrêt au Parc de la Victoire où nous verrons des vieux tanks de la 2nde guerre mondiale.

ADIEU MOSCOU !

SAINT PETERSBURG

1) Le voyage en train:

Le voyage ferroviaire est certainement l'un des moyens les plus rapides et économiques pour joindre les deux villes les plus importantes de cette immense Russie : Elle reste le premier pays du monde par sa taille, avec ses 17 075 400 km2 malgré l'amputation de nombreuses républiques fédérées lors de la chute du communisme en 1991.

Cette voie ferrée fut la seconde à être construite dans le pays. La première reliait St Petersburg à Tsarkoie Sélo, l'une des résidences préférées des tsars, en 1837, la seconde fut donc, Moscou- Leningrad, construite en 1851.

La distance entre Moscou et Saint-Petersburg, la Venise du Nord, est d'environ 650 km. Notre train, parti à 16 heures 30, est arrivé vers 22 heures. Cet express n'a rien à voir avec les transsibériens ou mongoliens que nous avons pris auparavant. Il n'y a pas de compartiment et nos gros bagages sont partis, le matin, par la route. Nous les retrouverons dans notre chambre de l'Hôtel Dostoïevski, ce qui démontre une excellente organisation.

Apres un déjeuner, à Moscou, près du manège du tsar Alexandre Ier, dans la salle à manger, en forme de proue de navire, d'un riche armateur ou négociant du 19ème (ou du début du 20ème siècle), nous partons vers la place des trois gares et descendons, comme il se doit, près de la gare de Leningrad. Nous marchons assez longtemps, tant dans la gare que sur le quai, car le train est très long. Il est composé d'une dizaine de wagons. Nous constaterons la foule qui en descendra, à l'arrivée : de l'ordre de 1 000 personnes me dira la guide locale.

Nous montons dans notre wagon. Les places sont toutes à contre-sens pour le groupe. Mon fils, pilote, me dira quand je lui raconterai cela, que c'est mieux en cas de crash ou de collision de train, en l'occurrence.

L'ambiance est bonne, la vodka ou le whisky coule sous le manteau mais il n'y a plus la bonhomie des longs voyages effectués auparavant. Le paysage est à nouveau celui de la taïga trouée par de nombreux lacs. Je crois apercevoir un élan a un moment mais cela a été tellement fugace que je n'en suis pas sûre. Nous nous arrêtons à quelques gares où des paysannes vendent des baies sauvages, fraîchement cueillies. Le style des isbas est davantage en hauteur, peut-être, pour servir de grenier à foin ? De part et d'autre des voies ferrées court un grillage pour empêcher les animaux d'y accéder.

Notre guide Tania nous attend au niveau de notre wagon et manifeste beaucoup de joie quand elle voit notre Tour Leader, Chris, descendre du train.

Je note, en débouchant du quai, que de nombreuses personnes privées proposent leurs services comme taxis. Pour le groupe, un car vieillot nous attend. Nous en aurons un autre, plus moderne, le lendemain, après discussion de la guide avec Chris.

Nous nous rendons à l'hôtel Dostoïevski, situé assez près de la gare de Moscou et de la Perspective Nevski. Cet hôtel est aussi une nouveauté pour ce Tour. Avant, "Travel Director" réservait dans l'hôtel "Saint Petersbourg" qui donnait sur la Neva et le croiseur Aurora mais qui était plus excentré. L'hôtel Dostoïevski, coûte, lui, plus cher même si les chambres sont petites et n'ont pas de vue, mais on peut se rendre à pieds à la perspective Nevski…

2) Quelques généralités sur cette ville.

La ville est située à 59 degrés de Latitude Nord sur le golfe de Finlande qui est gelé en hiver. Il est à la fois port maritime et fluvial. Quand nous y sommes passés en mai, les glaces venaient de fondre fin avril.

Elle est le fruit d'un défi et de l'imagination débordante d'un tsar hors du commun: Peter le Grand (1682-1725) qui la fonda le 16 mai 1703 (ou le 27 mai si nous nous référons au calendrier grégorien, qui ne sera utilisé en Russie qu'après 1917). Il a créé cette ville pour ouvrir son pays sur l'Occident qui le fascinait tant. Elle est construite sur 101 îles.

Son nom ne vient pas de celui de ce tsar gigantesque, qui mesurait plus de deux mètres, chose rare à une époque où la taille moyenne des hommes tournait autour d' 1,65 mètres, mais à cause de Saint Pierre…pierre sur laquelle Jésus avait fait reposer son Eglise.

Elle a d'ailleurs porté différents noms durant les trois siècles de son histoire: d'abord St Petersburg, de mai 1703 à août 1914, date du début de la première guerre mondiale. Elle devint alors Petrograd d'août 1914 à février 1924, pour que son nom n'ait pas une consonance germanique. Elle fut Leningrad de février 1924 à juillet 1991 et redevint St Petersburg en juillet 1991, à la chute du communisme.

Elle compte aujourd'hui 4 750 000 habitants, soit moitié moins que la ville de Moscou.

Elle fut fondée pendant la guerre contre les Suédois. Le tsar Peter le Grand avait besoin d'une forteresse sur le delta de la Neva. Nous avons pu voir, sur la rive droite de ce fleuve, la petite maison qu'il avait fait bâtir pour diriger et surveiller la construction de sa flotte et de la ville. Au démarrage de l'édification, il choisit l'île d'Enissari. Mais, dès août 1703, il dut affronter des inondations. Les chroniques de la ville regorgent de récits de ces catastrophes.

En 1712, la ville devient la nouvelle capitale de Russie. En 1725, quand le tsar meurt, sa femme retourne vivre à Moscou mais sa fille, qui régna sous le nom d'Elizabeth 1ère, y reste. La ville comptait alors 150.000 habitants.

Elle fut surtout la cité de Catherine-la-Grande (Catherine II), d'origine allemande, qui épousa le neveu d'Elizabeth. Elle prit le pouvoir en 1762 après un coup d'état où elle évinça du trône, son mari. Elle fut la première à s'installer dans le Palais d'Hiver nouvellement construit qu'elle remplit de collections artistiques fabuleuses. Les collections du musée de l'Ermitage sont parmi les plus belles et les plus riches du monde, comme nous le verrons en le visitant.

Elle fit paver les rives de la Neva d'un élégant granite rouge, développa la Perspective Nevski et les jardins d'été, en particulier, celui de Petrodvorets que je vous décrirai plus loin. Elle mourut en 1796, après une vie amoureuse tumultueuse comme en témoigne le double lit de sa résidence d'été. Son fils, Paul Ier ne lui succéda que cinq ans : Il fut assassiné en 1801.

Le tsar Alexandre Ier monta alors sur le trône. Il resta célèbre grâce à la confiance qu'il avait dans le vieux maréchal Koutouzov, qui prôna la tactique de la terre brûlée, l'abandon de la ville de Moscou et la patience face aux 500 000 hommes de la Grande Armée de Napoléon, en 1812. Il eut raison, puisque ce grand empereur repartit bredouille et laissa son armée revenir dans le froid, la faim et le désastre de la Berezina comme le raconte le film " Guerre et Paix ", adapté du roman de Tolstoï, l'un des plus beaux films que je connaisse… Le vieux maréchal, lui, mourut l'année suivante, en 1813, fier d'avoir sauvé son pays.

Quand Alexandre Ier décéda en 1825, eut lieu la révolte des Décembristes dont j'ai déjà parlé en expliquant l'histoire de la ville d'Irkoutsk, près du lac Baïkal.

Son frère, le tsar Nicolas Ier qui lui succéda et régna jusqu'en 1855, dut alors instituer un ordre très militaire. Le tsar Alexandre II fut, lui, le tsar des réformes, comme l'institution de jurés lors de procès et surtout l'émancipation des serfs, en 1861. Il n'en fut pas particulièrement remercié puisqu'il fut assassiné le 1er mars 1881, là où se dresse, aujourd'hui, la cathédrale qui ressemble à Saint Basile de Moscou et qu'on appelle "la cathédrale du Sauveur sur le sang versé".

Alexandre III qui lui succéda, démarra son règne dans la répression et le continua dans le conservatisme puisque les réformes n'étaient pas gratifiantes.

Enfin, le dernier Romanov qui régna, n'eut pas une vie beaucoup plus heureuse: c'est le tristement célèbre Nicolas II. Il commença à régner en 1894, dut faire face à une guerre contre le Japon de 1904 a 1905, qu'il perdit. En Russie, il eut à affronter la révolution de 1905 où, après le Bloody Sunday, il dut accorder des réformes et en particulier une Douma, chambre parlementaire qui devait limiter son pouvoir.

Saint-Petersburg connut, cependant, une période assez brillante entre 1907 et 1917, qu'on appela " le silver-age". La ville comptait alors 2 millions d'habitants.

Mais la première guerre mondiale, débutée en août 1914, sonna définitivement le glas de ce court éclat. Le Palais d'Hiver devint un hôpital militaire où la tsarine et ses filles travaillaient. Quant au tsar, commandant en chef des armées, on le rendait responsable de toutes les défaites et des problèmes d'approvisionnement en vivres des villes et en munitions des armées…

La révolution de février 1917, fut le début de sa fin. Le tsar dut abdiquer le 2 mars. La révolution d'octobre, dont le croiseur Aurora donna le signal, entraîna l'éviction définitive du tsar Nicolas II au profit de Lénine et de sa révolution bolchevique. Une paix séparée fut obtenue à Brest-Litovsk en mars 1918. Le tsar, sa femme, ses filles et le jeune tsarevitch hémophile, Alexis, furent envoyés aux portes de la Sibérie, à Ekaterinenbourg où la famille fut massacrée le 17 juillet 1918. Leurs restes reposent dans une chapelle de l'église Saint Pierre et Saint Paul, que nous avons visitée.

Petrograd, qui comptait 2 300 000 habitants en 1917 n'en dénombrait plus que 722 000 en 1920, après que Lénine ait choisi Moscou, comme capitale, en 1918.

Malgré le long siège de 900 jours qu'a connu la ville durant la seconde guerre mondiale (du 8 septembre 1941 au 27 janvier 1944) il semble que l'essentiel de la ville ait été miraculeusement préservé. C'est une cité très belle, jouissant souvent de merveilleuses proportions, mais on ne peut s'empêcher de penser, par moments, qu'elle semble figer dans un " décor d'opérette ".

En 2007, la ville semble relativement prospère mais surtout grâce au tourisme : C'est la ville la plus visitée de Russie. La plupart de ses industries, elles, sont en récession. Elle est aussi le second pôle universitaire du pays. Les filles du Président Poutine, qui en est originaire, y étudient.

Pour ma part, je suis tombée amoureuse de ses canaux et de ses 500 ponts.

3) Journée du mardi 22 mai, 24ème jour du voyage : rive droite de la Neva puis repas-spectacle et cathédrale Saint-Isaac, sur la rive gauche.

La ville est donc bâtie sur le delta de la Neva. Elle compte 42 îles et 75 canaux. Nous pouvons nous orienter grâce à deux flèches : Celle de la cathédrale Saint-Pierre et Saint Paul que l'on voit de très loin car elle est dorée et mesure 122 mètres de haut et celle de l'Amirauté qui est couronnée d'une caravelle, emblème de Saint Petersburg.

C'est de ce point que rayonnent les trois artères principales de la ville : la perspective Nevski, la rue Gorokhovaia et la perspective Voznessenski. Trois canaux principaux, bordés de palais étonnants, coupent ces grands axes : la Moika, le canal Griboiedov et la Fontanka, qui, au 18ème siècle, marquait la frontière de la ville.

Les colonnes rostrales, à l'Est de l'île Vassilevski, servent aussi à se repérer. avec leurs 32 mètres. Elles étaient utilisées comme phares, autrefois. Elevées en 1806, elles sont en granite et décorées de proues de navire.. Elles portent aussi des figures allégoriques de quatre fleuves russes : la Neva, la Volga, le Dniepr et le Volkhov. Leur nom vient du latin rostrum.

De l'hôtel Dostoïevski, nous empruntons la Perspective Nevski, pour remonter vers le Nord. C'est vraiment l'artère vitale de la ville, embouteillée à toute heure du jour, et bordée de palais, magasins, restaurants et cafés. Elle a été percée en 1712 et mesure 4,5 km. Parmi les palais, j'ai remarqué celui du comte Stroganov, construit sur les plans de Rastrelli. Stroganov était un riche propriétaire de mines dans l'Oural, avant de devenir célèbre par une recette de bœuf de l'un de ses cuisiniers.

Un autre palais a retenu mon attention à cause de ses énormes Atlantes qui décorent sa façade et de sa couleur rose framboise : c'est le palais Bielosselki-Bielozerski. Il est situé à l'angle de la perspective Nevski et de la Fontanka. Il a été construit en 1848, a servi de résidence au Grand Duc Serge et abrite aujourd'hui différentes organisations.

Nous longeons ensuite la Neva et passons le pont Dvortsovy pour nous rendre sur l'île Vassilevski où, près du musée de la marine de guerre, s'élèvent, les deux colonnes rostrales évoquées plus haut.

Pierre-le-Grand avait eu de grandes ambitions pour cette île qui était la plus vaste du delta mais la fréquence des inondations le fit renoncer à ses projets et le centre politique de la ville se développa, finalement, de l'autre côté du fleuve, autour de l'Amirauté.

Nous prenons ensuite le pont Birjevoi pour nous rendre dans le berceau de la ville : la forteresse Pierre et Paul. Elle est située sur l'îlot Zaiatchi (aux lièvres). C'est là que Pierre le Grand posa la première pierre de sa ville. Derrière se trouve le quartier de Petrogradskaia où l'on peut admirer la maisonnette du tsar et le croiseur Aurora.

La forteresse ne servit pas longtemps de place forte, dès 1718, elle devint une prison politique. Le premier prisonnier fut, d'ailleurs, le propre fils du tsar, Alexis, qui y mourut après avoir avoué qu'il ourdissait un complot contre son père.

Nous nous rendons ensuite à la Cathédrale Saint Pierre et Saint Paul construite de 1714 à 1733 par Trezzini. Nous avons pu voir, à l'intérieur un peu trop doré à mon goût, les tombeaux de presque tous les Romanov.

Nous allons ensuite prendre le lunch dans l'ex-maison d'un Décembriste. Cela nous donne une idée de l'architecture intérieure d'un palais du début du 19ème siècle. Nous avons droit à une chanteuse, qui nous régale de quelques trésors du folklore russe et à des musiciens qui nous font une démonstration d'instruments en bois, en forme d'oiseaux. L'ambiance est excellente.

Nous terminons la visite de la ville par la cathédrale Sainte Isaac, grandiose, qui est la 4ème version d'une église construite sur cet emplacement pour Pierre-le-Grand, en 1710. C'est Auguste de Montferrand, un Français, qui la construisit de 1819 à 1858, selon un plan en croix grecque. Elle est surmontée de cinq coupoles. Comme elle peut contenir 15 000 personnes, elle est la troisième église du monde par sa taille, après St Pierre de Rome et St Paul de Londres. L'intérieur regorge de richesses que tout bon guide vous décrira.

Une particularité néanmoins, elle est posée sur 24 000 pilotis.

A quelques mètres de cette fabuleuse église se situe l'Hôtel Astoria où Hitler avait prévu de donner une immense fête s'il prenait la ville…

Nous n'avons malheureusement pas pu entrer dans le Palais Ioussoupov, qui ne se visite qu'occasionnellement. J'aurais été très intéressée par la visite de l'immense maison de cette famille tatare richissime, puisque l'on disait que sa fortune dépassait celle du tsar. On dit aussi que le Prince Ioussoupov aurait participé à l'assassinat de Raspoutine retrouvé, officiellement, noyé dans la Neva pourtant gelée, le 16 décembre 1916. …Mais on dit tellement de choses à St Petersburg !

4) Une résidence d'été : Petrodvorets. Visite le mercredi 23 mai.

Notre guide locale avait le choix entre deux résidences d'été aux abords de St Petersburg : celle de Peterhof ou Petrodvorets, érigée pour le fameux Pierre le Grand (il a vraiment été un infatigable bâtisseur), ou Tsarkoie Selo qui évoque plutôt les tsarines Elizabeth Ière et Catherine II mais aussi Nicolas II et la fin des Romanov.

Tania a opté pour Peterhof qu'elle espère nous faire gagner par hydrofoil. Mais il y a eu une tempête terrible, cette nuit, dans le golfe de Finlande et la mer est encore agitée tandis que le ciel est chargé de nuages gris, lourds et menaçants.

Après plusieurs appels à partir de son téléphone portable à la compagnie d'hydrofoils, le feu vert est donné. Nous nous rendons donc, en car, vers 8 heures trente sur les bords de la Neva. Nous nous rangeons en bon ordre, deux par deux, comme nous savons le faire quand il le faut. Aucun membre du groupe n'est tombé de la dernière pluie. Mais contrordre, aucun hydrofoil n'est finalement autorisé à prendre la mer. Nous remontons donc dans le car et prenons la route vers Peterhof en ayant perdu une bonne heure ce qui se répercutera sur la queue au château tout à l'heure, parce que, par la route, c'est plus long et encore ce ne sont pas les chemins qu'empruntaient Pierre le Grand et sa famille…

Le domaine est situé à 29km à l'Ouest de la ville. Pour moi, je ne suis pas déçue car je suis contente de sortir du centre de St Petersburg et de voir comment vivent les populations laborieuses de la Nouvelle Russie, en 2007. Bien sûr, on voit pas mal de barres d'immeubles, mais les espaces verts sont nombreux et les gens que nous apercevons, sur les bords de la route, ont l'air en bonne forme. Nous pouvons découvrir aussi de nouveaux projets, en particulier un ensemble hôtelier chinois, de grande envergure, en construction.

En approchant du domaine, nous longeons des résidences secondaires de bon niveau.

Il est près de dix heures quand nous arrivons à Peterhof et ne sommes, évidemment, pas les premiers dans la file. Jean, lassé d'attendre, choisit de ne pas faire la visite intérieure où il faut, en plus, mettre des patins sous nos chaussures pour ne pas abîmer les parquets nouvellement refaits. Il va aller visiter les jardins à la Française et admirer les jets d'eau qui viennent de se mettre en marche et qui sont superbes. Nous le retrouverons dans l' " Orangeraie " où nous devons déjeuner, à 12 heures trente. Il me dira ensuite avoir passé une excellente matinée, à son rythme et hors de la foule.

Entre temps, la queue a avancé et notre tour arrive pour entrer. Les détails matériels sont vite réglés et nous pouvons commencer la visite du château qui a été totalement reconstruit à l'identique, à l'intérieur comme à l'extérieur, après les destructions de la seconde guerre mondiale. Les photos ont été, bien sûr, à la base des rénovations mais, pour le mobilier, une autre méthode a été utilisée. Prévoyant l'avancée allemande, un grand nombre d'objets ont été envoyés en Sibérie et il a suffi aux artisans, ensuite, de les recopier. La restauration a donc été bien menée et on a même l'impression qu'on va, peut-être, croiser Catherine II, au sortir de sa chambre, aux lits prodigieusement larges !

Pierre le Grand, s'était établi en 1705, à Peterhof, pour surveiller les travaux de l'île de Cronstadt. Apres son séjour à Versailles, en 1717, qui l'avait énormément impressionné, il chargea un architecte français, Jean-Baptiste Le Blond, d'établir des plans puis de construire le Palais. L'idée de l'Orangeraie vient aussi de Versailles. Les tsars et tsarines suivants ont naturellement fait évoluer l'œuvre première, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. La façade actuelle, peinte en jaune et blanc, s'étend sur 250 mètres.

A l'intérieur, on distingue bien la partie consacrée aux femmes, aux couleurs chaudes et dorées, de la partie masculine, plus sobre et qui utilise des boiseries travaillées mais dont on a conservé la teinte originelle. J'ai aimé particulièrement la salle aux deux cent portraits féminins.

Après un repas de spécialités russes à l'intérieur de l'Orangeraie, nous repartons vers les bassins qui rejoignent le golfe de Finlande. Comme certains invités des tsars d'autrefois, nous quittons Peterhof, par la mer. L'hydrofoil de 13 heures trente nous attend. Notre guide, Tania, nous dit que c'est la première fois, cette année, qu'elle repart par la mer depuis la fonte des glaces de la Neva…

Nous voyons de nouveaux quartiers de Saint-Petersburg, aux immeubles modernes. Nous longeons des chantiers navals et quelques docks, qui paraissent un peu endormis, puis nous arrivons dans la partie 18ème, 19ème de la ville toujours aussi surprenante et belle par l'équilibre de ses proportions.

Nous descendons à l'embarcadère près de l'Ermitage et après un arrêt dans un magasin de souvenirs, nous embarquons sur un petit bateau, qui va nous faire voir la ville à partir des canaux, comme à Venise, tout en buvant du champagne local et quelques verres de vodka. C'est vraiment la belle vie.

Nous rentrons ensuite à l'Hôtel, pour nous préparer à la soirée Cosaque où l'humour, les chants, les costumes et les danses nous enchanteront.

5) Dernière journée en Russie : le musée de l'Ermitage. Nous sommes le jeudi 24 mai et c'est le 26ème jour du voyage.

Notre guide locale a réservé, depuis longtemps, notre visite de ce Palais d'Hiver, qui a été peu occupé par la famille impériale après le règne d'Alexandre II (1855-1881). Depuis 1918, il sert surtout à exposer de magnifiques collections.

C'est l'architecte Rastrelli qui dessina ce monument de couleur pistache qui se reflète dans les eaux de la grande Neva.. La construction démarra sous la tsarine Elizabeth Ière, en 1754, puis Catherine II le fit terminer et lui adjoignit le petit Ermitage dont la construction prit fin en 1775. Un autre bâtiment, appelé le Vieil Ermitage, fut, lui, finit en 1784.

Le musée de l'Ermitage est considéré comme l'un des plus importants du monde.

Dès 9 heures, nous arrivons à l'entrée. Nous sommes le premier groupe à attendre. Nous pouvons ainsi admirer la magnifique place du Palais. Un arc de triomphe en demi-lune ferme cette endroit. Au centre a été dressée une colonne de granite rose de 47,5 m, couronnée d'un ange, qui aurait, selon les rumeurs, les traits du tsar Alexandre Ier, le vainqueur de Napoléon, en 1812.

Le musée est très bien organisé en fonction des époques et des nationalités des oeuvres. Tania a choisi de nous faire admirer des tableaux de Rembrandt, quelques oeuvres de la Renaissance, des tapisseries des Gobelins et surtout une exposition d'impressionnistes dont les tableaux ont été retrouvés après la seconde guerre mondiale. Puis nous nous rendons dans la partie des artistes modernes français : La richesse en toiles de Picasso, Matisse et Gauguin est impressionnante. Je ne me souviens pas en avoir vu autant au Louvre. Mais il est vrai que je n'y suis pas retournée depuis mes années d'étudiante à Paris.

Après un court arrêt dans une boutique de souvenirs du musée, nous partons déjeuner dans l'entresol d'un des bâtiments de la place du Palais. Puis nous retournons à l'hôtel Dostoïevski pour préparer nos bagages pour Helsinki, où il fait 14 degrés. Quelques personnes se préparent pour la soirée au Kirov, qu'elles nous raconteront dans le train le lendemain. Je vais dans le super-marché, sous l'hôtel, dépenser mes derniers roubles. Je choisis une bonne vodka pour le pot de 6 heures au "mess des officiers ". Nous allons quitter la Russie, après un fructueux séjour.

FINLANDE 2007

Nous sommes le vendredi 25 mai, c'est le 27ème et dernier jour du voyage. Nous nous sommes levés à cinq heures car les valises doivent être prises à cinq heures et demi devant notre chambre.

Au breakfast, à 6 heures quarante, nous sommes peu nombreux car la plupart des personnes, qui sont allés au Kirov hier au soir, préfèrent dormir.

Nous partons ensuite, en bus, vers la gare de Finlande située sur la rive droite de la Neva. Les compartiments sont organisés pour accueillir six personnes. Nous sommes avec Annette qui vit à Perth, Judy, qui a une ferme prés de Melbourne, et Leslie accompagnée de sa maman Joan, qui vivent près d'Adélaïde. Nous avons 407 km à parcourir pour arriver à Helsinki mais nous avons à passer la frontière russe avec des papiers qui nous ont été remis à la frontière Mongolie-Russie, puis à franchir celle de Finlande qui marque l'entrée dans l'Union Européenne et dans l'espace Schengen. Les Finlandais ont rejoint l'UE en 1995 et ont accepté l'Euro en 2002.

La Finlande est assez étendue, à l'échelle européenne, avec ses 338 000 km2 mais est peu peuplée puisqu'elle ne compte que 5,2 millions d'habitants en 2007, regroupés, en majorité, au Sud du pays. Le Grand Helsinki compte 1,2 million d'habitants et la ville seule, 560 000.

Des raisons géographiques expliquent cela:

La première est la situation en latitude : Le climat est très froid en hiver et frais en été, ce qui s'accentue plus on va vers le Nord. La ville de Rovaniemi, que j'avais traversée, il y a une trentaine d'années pour aller en Laponie, est située sur le cercle polaire.

La seconde est que le sol est, dans l'ensemble, pauvre. Il a été raboté par les immenses glaciers du quaternaire, qui, en se retirant, ont laissé des moraines et des lacs de surcreusement glaciaire. Ils sont tellement nombreux, qu'on a surnommé la Finlande, le pays aux 60 000 lacs.

Le paysage, que nous voyons défiler de la fenêtre du train, est donc composé de forêts de bouleaux et de conifères mais la taille des arbres est plus petite, car la saison végétative est courte. Les lacs et les zones cultivées sont, par contre, plus importants.

Les voitures, de bon niveau (souvent des 4WD), qui roulent sur les autoroutes, montrent que le niveau de vie des Finlandais est élevé, comparable à celui des habitants des USA.

La banlieue d'Helsinki est assez pavillonnaire et les Finlandais, qui attendent leur train, sont chaudement vêtus d'anoraks et de jeans même en ce 25 mai 2007.

L'arrivée dans la gare d'Helsinki, se fait en douceur.

Signe que nous sommes dans l'UE, il n'y a pas de porteurs et nos chemises rouges fournissent leur dernier effort. Je remporte la palme de la valise la plus volumineuse mais du point de vue poids ce n'est pas catastrophique puisque je n'aurai que 38 kg, avec nos deux bagages, au départ de l'aéroport d'Helsinki pour Munich, le lendemain.

Le car, prévu pour seize personnes, n'est pas suffisant. Il faut lui adjoindre un taxi pour rallier l'hôtel Anna où nous retrouvons les toutes petites chambres de l'Europe.

Chris nous invite dans une restaurant chinois pour la soirée d'adieux à 6 heures trente, ce sera une soirée chapeaux…

Après avoir refait mes valises dans la chambre, je pars faire une ballade à pieds mais il fait un froid de canard et je ne résiste pas longtemps. Le tourisme sera pour une autre année. Je ne connais donc aucun des 78 musées de la ville.

Je m'intéresse un peu à cette cité qui daterait des années 1600 et que la Russie aurait conquis la Finlande en 1809. Peu après, en 1812, Helsinki est devenue la capitale du Grand-Duché de Finlande. Le pays a obtenu son indépendance en 1917, à la chute du tsarisme en Russie. La suite fut houleuse, en particulier quand ses puissants voisins (Soviétiques et Allemands) eurent leur période de " copinage "puis de guerre… La Finlande réussit, toutefois, à échapper au sort de ses voisins et à la " colonisation " soviétique grâce à un procédé original auquel on donna, alors, le nom de " finlandisation ".

A 6 heures trente, au restaurant chinois, les deux tables retenues ne sont pas libres et nous devons attendre une demi-heure dehors, ce qui montre que les Finlandais sortent le vendredi soir et qu'ils aiment bien les restaurants chinois… mais aussi (après le bus trop petit et l'hôtel sommaire) que nous ne sommes plus en Asie où les gens faisaient de leur mieux pour nous accueillir.

Pour nous, ce dernier dîner nous rappelle le début du voyage à Pékin. Le repas est très correct. Apres le dessert, Chris fait un résumé des points forts de notre périple et remercie chacun d'entre-nous avec un mot gentil, un T-shirt, où est imprimé " Beyond the Transsiberian from Beijing to Helsinki ", et de jolies baguettes. C'est le moment de se quitter. Nous donnons rendez-vous aux gens de Perth à Karry-Valley en octobre-novembre.

Le lendemain matin, à l'aéroport, je rencontrerai Wanda et Trev qui repartent directement sur l'Australie par Frankfurt et Singapour. Pour notre part, nous allons rejoindre notre maison de Croatie pour le printemps et l'été… Le retour en Australie sera en octobre.

AU REVOIR A TOUS.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au passage de l'obélisque de granite, nous ne sommes plus qu'à 1777 km de Moscou. Nous sommes dans les monts Oural qui marquent la frontière géographique entre l'Europe et l'Asie. Ce sont des montagnes de l'ère primaire fortement arrondies par l'érosion. Le point le plus haut culmine à 1894 mètres. Une épaisse forêt de bouleaux les recouvre. Mais les arbres sont peu élevés et la neige subsiste encore en ce 17 mai 2007. L'hiver a du être rude. Quelques villages, semblables à ceux de Sibérie, apparaissent ainsi que des isbas isolées. On ne peut s'empêcher de se demander comment des familles peuvent passer l'hiver dans des endroits pareils. Les cheminées fument ; côtoyant des antennes satellites ultra-modernes…

A partir de Kirov, à 950 km de Moscou, les gares ne sont plus en bois et paraissent stéréotypées. Sur les quais, les gens attendent le train, en anoraks de couleurs vives, pour les femmes. Les hommes, eux, sont souvent habillés de couleurs sombres et de canadiennes en cuir.

A aucun moment du voyage, je n'ai vu l'animation et le marchandage d'objets que nous devions découvrir sur les quais, lors du passage d'un Transsibérien. Comme les magasins regorgent maintenant de tout, cela fait déjà partie d'une époque révolue. Si on trouve quelques bières, il est impossible de dénicher de la Vodka et elle ne coule plus à flot dans le train. Il n'y a plus la gaieté et les danses qui s'y rattachaient selon les ouvrages que j'avais lus.

Quant au wagon-restaurant, les Russes le boudent, car la nourriture y est chiche et insipide. Nous y sommes allés une fois pour essayer mais cela nous a suffi. Entre le vin rouge à 1000 roubles et la portion congrue de bœuf Strogonoff, nous avons vraiment eu l'impression qu'on nous prenait pour des pigeons. Ils sont donc voués à une mort certaine.

A Nijni Novgorod ou Gorki, je suis descendue du train pour me dégourdir les jambes. Il commençait à faire plus beau et les arbres portaient des feuilles. Des jeunes, du train, sont descendus aussi pour jouer un air de fanfare. Le printemps commençait à échauffer les esprits des Russes, engourdis par leur long hiver.

Dans les jardins que nous longeons, les hommes bêchent, torse nu, leur petit lopin et les fleurs blanches des arbres fruitiers animent fréquemment le paysage.

Vers 11 heures du matin, nous ne sommes plus qu'à 300 km de Moscou mais il reste encore cinq heures de voyage.

Le paysage est toujours celui de la forêt de bouleaux et nous faisons un scrabble pour faire passer le temps. La banlieue de Moscou n'apparaît qu'à 8 ou 9 km de la ville. J'observe les gens qui attendent les trains de banlieue. Leur visage est assez indifférent au Transsibérien qui passe. Ils ne doivent pas rêver de longs voyages, juste à survivre au quotidien de leur vie…

 

 

 

 

 

 

Pour l'arrivée en gare de Iaroslav, notre tour leader, Chris, nous met en garde contre les pickpockets, mais comme nous formons un groupe très soudé, personne ne s'approchera de nous. Nous ne devons pas avoir des têtes de gens qui se laissent faire.

Un bus nous attend dans l'enceinte de la gare et notre guide, âgée mais cultivée, nous prend rapidement en mains. Elle veut nous faire prendre le métro, dès ce soir, pour voir la Place Rouge avec les illuminations de la nuit. Cela doit être très beau mais elle ne se rend pas compte qu'on est cradingue et que nos deux seuls souhaits sont de prendre un bain et de trouver un vrai lit avec des draps propres, après ces trois jours de voyage en train.

L'Hôtel Radisson Slavanskaya que " Tour Directors " essaie pour la première fois, est très bien pour les services mais nous n'avons pas droit à une vue sur la Moskowa : c'est réservé à quelques chou choux. Espérons qu'à Saint Petersbourg, le tour-leader renverra l'ascenseur et nous donnera des chambres avec une meilleure vue ! Nous acceptons donc, sans rien dire, celle-ci qui donne sur l'arrière-cours et une cheminée de centrale thermique…

La place des trois gares, où nous sommes arrivés, est située au Nord Est de la ville alors que le nouvel hôtel, qu'a retenu le Tour Director, se situe totalement à l'Ouest. Nous avons donc le temps d'avoir un aperçu des différents quartiers de la ville de Moscou surtout qu'il est cinq heures et que c'est la " rush-hour ". Le moins qu'on puisse dire c'est que les constructions sont très hétéroclites : les palais du 19ème siècle, aux couleurs pastel, et les vieilles églises orthodoxes, côtoient des monuments massifs du stalinisme et des constructions modernes pas toujours bien intégrées. Le tout étant noyé dans une vaste couche de pollution. Qu'importe, le Kremlin est toujours là, superbe, dans son écrin de murailles rouges.

La ville de Moscou compte actuellement entre 9 et 10 millions d'habitants. Elle s'est construite autour du Kremlin dont les remparts datent du 15ème siècle. Le tour de ces murailles fait 2,5 km. C'est une ville qui vit à un rythme frénétique et depuis qu'elle a comme maire, Iouri Loujkov, elle paraît sans cesse en travaux. La partie centrale de cette mégapole est belle mais quand on franchit la ceinture des Boulevards, on ne peut s'empêcher d'être frappés par la tristesse de l'urbanisation.

Son principe de construction est radio-concentrique jusqu'à une autoroute périphérique longue de 109 km. Au-delà, une ceinture forestière s'étend sur une largeur de 10 à 15 km. C'est là que l'on trouve les datchas de nombreux membres du gouvernement. La ville est redevenue capitale politique en 1918 après la prise de pouvoir par Lénine mais elle n'a pas la beauté de Saint-Pétersbourg qui l'a éclipsée durant trois siècles.

Une simple remarque de vocabulaire : il ne faut pas confondre isba et datcha : l'isba est la construction en rondins de bois du paysan russe ( je n'emploie pas le mot de moujik, bien sur, totalement suranné) et la datcha est la villa, souvent en dur, qu'occupent les apparatchiks de toute époque…La valeur n'est pas la même. Par exemple, trois semaines avant sa mort au printemps dernier, Boris Eltsine ne retrouvait pas les titres de propriété de sa datcha dont le prix était estimé à 30 millions d'euros.

Après une bonne nuit, malgré une clim souffreteuse, nous descendons prendre un excellent petit déjeuner qui est le bienvenu après les repas, plus que succincts, du train. Je me fais photographier devant un grand ours brun empaillé avec dans les mains le Moscow Time du jour, au cas où quelqu'un serait à ma recherche… Ce qui m'étonnerait car je sais que je ne manque à personne. C'est l'avantage de devenir vieux ! Puis nous allons nous préparer pour aller écouter l'étrange histoire de l'Eglise du Christ Saint Sauveur.

. L'idée en était venue au Tsar Alexandre 1er quand les armées napoléoniennes défaites, quittèrent définitivement les frontières de la Russie, le 25 décembre 1812. Comme le jour de la libération de la Russie coïncidait avec celui de la Nativité du Christ, on décida que le maître autel de la nouvelle cathédrale serait dédié à cette grande fête. Cette construction suscita, dans toutes les couches de la société du pays, un fervent élan patriotique. Un concours fut institué : les architectes voulaient créer pour ce projet architectural, une union de la religion chrétienne et de l'histoire nationale. Alexandre 1er choisit le projet de l'architecte A. Vitberg qui présentait une cathédrale sur trois niveaux avec trois autels consacrés respectivement à la Nativité, à la Transfiguration et à l'Ascension.

La 1ère pierre fut posée le 25 décembre 1817 sur les monts Vorobiev, là où, naguère, se trouvait la dernière redoute de Napoléon. Mais le jeune architecte ne sut pas contrôler son vaste chantier. Les vols se multiplièrent. Il fut injustement accusé de dilapidation des fonds de l'Etat et fut exilé à Viatka.

Le nouveau tsar Nicolas 1er lança, en avril 1829, un nouveau concours qui fut remporté par l'architecte petersbourgois Constantin Thon. Il avait construit entre autre, les gares dans les deux grandes villes du pays… L'empereur vint en personne à Moscou pour choisir le nouvel emplacement de la cathédrale. Le premier s'étant montré sujet à des glissements de terrain, il choisit la colline Alexeevski qui se dressait face au Kremlin. Il est intéressant de noter que cette cathédrale moscovite fut érigée à la même distance du Kremlin que la cathédrale Saint Isaac de Saint Petersbourg, l'est du Palais d'Hiver… La nouvelle premier pierre fut posée le 10 septembre 1839 par le Métropolite de Moscou. La cathédrale devait symboliser : Moscou, troisième Rome. La construction dura 44 ans.

L'Eglise s'éleva donc, majestueuse, et son dôme dépassant les 100 mètres, étincelant d'or, était visible à plusieurs verstes de la ville. Elle devint, après la Place Rouge, le second centre de Moscou au 19ème siècle.

Constantin Thon mourut avant l'inauguration de son œuvre, en 1881. La consécration solennelle fut reportée de nouveau à cause de l'attentat du 1er mars de la même année qui coûta la vie au Tsar Alexandre II. Elle ne fut donc consacrée que le 26 mai 1883 lors du couronnement d'Alexandre III. Peu de vétérans de la guerre de 1812 purent y assister.

Le 25 décembre 1912, on commémora comme il se doit le centenaire de la victoire sur les armées napoléoniennes. Le 5 novembre 1917 malgré la révolution, on y élit un patriarche : Tikhon. C'était la première fois depuis l'époque de Pierre-le-Grand.

La cathédrale resta toujours le centre de l'orthodoxie russe même après le transfert du gouvernement à Moscou en 1918, alors que toutes les cathédrales du Kremlin étaient fermées.

Mais le 5 décembre 1931, à midi, sur l'ordre de Staline, la cathédrale du Christ Sauveur fut détruite. Elle resta pratiquement intacte après l'explosion des deux premières charges mais la troisième lui fut fatale. Les vielles moscovites, sur l'autre rive de la Moskowa, déclaraient que Dieu punirait les Bolcheviks et que rien, exceptée une nouvelle cathédrale, ne pourrait être reconstruit à cet endroit…

La seconde guerre mondiale interrompit la construction du fameux Palais des Soviets qui devait être érigé à la place. Une immense statue de Lénine devait le surmonter. La hauteur totale, selon le projet, était de 500 mètres (voir la hauteur des tours de Dubai actuellement)…. Ce devait être une antithèse symbolique à la cathédrale du Christ Sauveur.

En 1941, ses structures métalliques furent démontées pour servir à la construction de hérissons antichars pour la défense de Moscou.

Finalement, un Palais des Congrès fut construit à l'intérieur du Kremlin et la fouille laissée sur la colline fut utilisée pour l'aménagement d'une piscine à ciel ouvert et eau chauffée, dont les vapeurs endommagèrent gravement les peintures conservées dans un musée, à proximité.

Le Saint Synode donna son accord à la reconstruction de la cathédrale en 1990 mais la piscine ne fut démontée qu'au mois de septembre 1994.

Une nouvelle première pierre fut posée le 7 janvier 1995. Elle fut reconstruite conformément à son prototype historique, à partir de photos en noir et blanc bien sûr... Le 19 août 2000, le temple fut consacré. La nouvelle cathédrale devint tout de suite le centre spirituel du pays tout entier. (Extraits de la brochure achetée sur place : ouvrage publié avec la bénédiction du Patriarche de Moscou, Alexis II).

A l'intérieur, les peintres ont couvert 22000 m2 de parois en 3 mois. Ils étaient 300 et se relayaient jour et nuit. Le résultat est vraiment spectaculaire. (voir n'importe quel guide).

Apres avoir observé la ville de Moscou du sommet de cette cathédrale, nous nous rendons au monastère du 16ème siècle, de Novodievitchi où Napoléon 1er était venu se recueillir durant son séjour à Moscou en 1812…

Le soir, nous mangeons dans un excellent restaurant de style Louis XV où une harpiste nous donne un merveilleux récital.

Demain, samedi 19 mai, nous irons visiter le Kremlin. Le président Poutine n'y travaillera pas puisqu'il assiste à un sommet de l'Union Européenne avec Angéla Merkel, à Samara, sur la Volga.

La visite du musée des Armures ne commence qu'à dix heures mais nous commençons à faire la queue, en plein soleil, quarante minutes plus tôt.

L'emplacement où se situe le Kremlin est peuplé depuis des temps immémoriaux. Les premiers campements, selon les archéologues, dateraient de la fin du premier millénaire avant notre ère. Le site a deux avantages : c'est un terrain naturel difficile d'accès car il est baigné des deux côtés par la Moskowa et la Neglinnaia. On l'a appelé ensuite, le tertre Borovitski.

Moscou sera mentionné pour la première fois au 12ème siècle. En 1147,le Prince de Souzdal, Youri Dolgorouki, y invita à festoyer le Prince de Novgorod. En 1156, son fils, Andrei Bogolioubski, érigea sur ce tertre, une forteresse en bois, entourée d'un fossé de terre et d'une ceinture de bois.

Pour embellir la cité, Daniel, fils d'Alexandre Nevski, premier prince de Moscou, éleva plusieurs temples de pierre blanche.

Le nom de Kremlin est évoqué, pour la première fois, en 1331. Certains historiens suggèrent que ce mot provient du russe " Kremnik ", citadelle de pin. D'autres pensent qu'il vient de " Kroma " ce qui signifie limite, car Moscou servait de frontière aux confins du pays de Vladimir. Le métropolite Pierre, chef de l'Eglise Orthodoxe, vint s'installer à Moscou, en 1325. La ville devint le centre de la vie religieuse mais aussi politique et commerciale.

La première citadelle fut détruite par le feu durant l'été 1365. Le petit-fils d'Ivan Kalita, âgé de 16 ans, décida, alors, d'édifier une nouvelle forteresse, cette fois en pierre, dans la 2ème moitié du 14ème siècle. La muraille et les tours étaient faites de pierres blanches. Cela traduisit la consolidation des princes de Moscou. Elle résista aux assauts de troupes lituaniennes.

Un siècle passa : Moscou attira de nouvelles terres russes et réussit à se débarrasser, vers la fin du 15ème siècle, du joug mongol. Mais cette enceinte disparut aussi et on éleva la muraille, rouge foncé, actuelle ; ce fut l'œuvre d'Ivan III Vassilievitch qui se proclama Souverain de toutes les Russies. Il garda la forme d'un triangle et fit ériger des tours et des murs en briques entre 1485 et 1495. On renforça ensuite la partie sud. Cela fut souvent l'œuvre d'architectes italiens. Au 16ème siècle, ils tinrent compte des progrès de l'artillerie. Chaque tour du Kremlin constituait une forteresse autonome. Il existait aussi des passages souterrains secrets.

En 1508, on creusa du coté de la Place Rouge, un fossé conduisant de la Neglinnaia à la Moskowa.

Le Kremlin se transforma donc en une île difficilement accessible de tous cotés. On détruisit les constructions de bois sur 230 mètres pour diminuer les risques d'incendie. Le territoire du Kremlin atteignit ses dimensions actuelles de 27,5 hectares. Le Palais à Facettes et les principales cathédrales furent alors construites. (voir guides)

Après de nombreux incendies et l'incursion de Napoléon en 1812, toutes les constructions du Kremlin furent rétablies entre 1816 et 1835. Enfin, le Grand Palais du Kremlin fut érigé entre 1836 et 1847.

Avec le départ de Pierre le Grand sur la Neva vers 1706, Moscou perdit ses fonctions de capitale jusqu'en 1918. Le Palais du Congrès fut construit seulement dans les années 60.

\ Dès 1991, le Kremlin devint la résidence du Président de la Fédération de Russie et les cathédrales du Kremlin retrouvèrent leur place importante dans la vie de l'Eglise Orthodoxe Russe. Depuis 1990, l'ensemble architectural du Kremlin et de la Place Rouge font partie de l'héritage universel de l'Unesco.

En ce samedi 19 mai, nous allons découvrir le musée des Armures qui fut érigé au 15ème siècle pour y garder les trésors des souverains. On y trouve, bien sûr, des armes mais aussi des oeuvres, créées dans des ateliers spéciaux, pour l'usage de la Famille Royale. Plus de 4000 objets figurent dans ses vitrines dont l'observation, au pas de charge, est intéressante mais hyper-fastidieuse.

Nous commençons par le second étage moins embouteillé par les groupes que le premier et nous pouvons admirer des pièces de joaillerie, des objets de culte, des armes et bien sûr les fabuleux objets fabriqués par l'équipe de Fabergé. Un pissenlit en fleurs solidifié dans un vase m'a particulièrement étonnée. Il a 85 ans et a gardé toute sa fraîcheur.

Au premier étage, nous pourrons admirer des vêtements d'apparat en particulier ceux de l'impératrice Catherine 1ère, épouse de Pierre 1er et de la Tsarine Elizabeth dont la garde-robe comptait 15000 modèles…, le célèbre Bonnet de Monomaque et surtout les superbes attelages aux boiseries peintes.

Pour la description des innombrables cathédrales du Kremlin, je vous laisse aux mains des nombreux guides, il est impossible d'en faire un résumé.

J'ai, bien sûr, été impressionnée par le clocher d'Ivan le Grand, la reine des cloches (Tsar Pouchka) qui pèse 200 tonnes et qui n'a jamais sonné. Nous avions vu une cloche similaire à Mingun, en Birmanie, qui, elle non plus, n'a jamais sonné au sens européen du terme puisqu'elle n'a pas de battant, mais résonne, tel un gong lorsqu'elle est frappée, par un lourd bâton. Nous avons aussi admiré le roi des canons (Tsar Kolokol), énorme, qui n'a jamais tiré.

Nous sommes sortis du Kremlin près de la porte Koutafia et avons assisté à la relève de la garde près de la flamme du soldat inconnu.

En quittant ce lieu, nous croisons une manifestation famélique pour la remise en vigueur du régime communiste. Puis, nous allons manger dans un restaurant où les serveuses sont belles et typiquement russes, dans leur costume folklorique.

Puis, nous nous rendons sur la Place Rouge (400 mètres de long sur 130 mètres de large), par 35 degrés à l'ombre. Nous y entrons par la Porte de la Résurrection, avec ses deux tours à aigles bicéphales. Elle porte bien son nom puisque l'ancienne a été dynamitée, sur ordre de Staline en 1931, pour pouvoir faire passer les armes volumineuses lors de ses défilés. Celle-ci a été reconstruite à l'identique en 1995. Nous longeons le musée de l'Histoire, que nous ne visitons pas. Notre guide a fait ses choix. Il est vrai que notre temps est limité…

Nous apercevons le Mausolée de Lénine. Il a été construit en 1930, par l'architecte Alexei Chtchoussev : c'est un monolithe en gradins, fait de béton et de granite rouge. Il se confond assez bien avec le rouge foncé des murailles du Kremlin qu'il jouxte. Il a remplacé le mausolée en bois, bâti dans les jours qui suivirent la mort du leader de la révolution Bolchevique, en janvier 1924. Comme chacun sait, Vladimir Illich Oulianov, dit Lénine, est mort de Delirium Tremens, maladie qui découlait de la Syphilis qu'il avait contractée quelques années plus tôt. L'Histoire ne dit pas dans quelles circonstances…Il est quand même curieux de se dire que l'instigateur du communisme en URSS est mort fou. Il était, en grande partie paralysé, une année avant sa mort et n'apparaissait, bien sûr, plus en public. Tiens, comme c'est bizarre, on ne voit plus beaucoup, le Leader Maximo depuis quelques temps. Est-il toujours vivant et en pleine possession de ses moyens ?

Le corps de Lénine a été embaumé immédiatement mais il serait moins bien conservé que celui de Mao. C'est peut-être pour cela qu'il y a moins de foule pour aller le voir… Derrière le monument, le rempart a été aménagé en nécropole pour les grandes personnalités soviétiques comme Staline, Brejnev, Andropov, Sverdlovsk, Dzerjinski, Kalinine… dont les statues sont, pour beaucoup, déboulonnées mais aussi l'écrivain Gorki ou le cosmonaute Gagarine.

Nous entrons dans le Goum, qui borde la Place Rouge à gauche. Il a été construit en 1894 par l'architecte Pomrantsev dans le style néo-russe et a été réaménagé en 1953. C'était le Grand Magasin d'Etat. Il s'étend sur 252m de long et 88m de large. Il est constitué de trois passages réunis entre eux par des couloirs et des ponts, et recouverts d'une grande verrière. Il fait bon s'y promener au frais et y prendre un pot quand il fait 35 degrés dehors au-dessus ou en dessous de zéro (je suppose). Quant aux boutiques, uniquement occidentales, elles ne m'intéressent pas du tout. Le Goum est maintenant ouvert à tous mais il n'a plus d'âme.

De loin, la cathédrale Basile le Bienheureux est superbe surtout en ce printemps où les lilas sont en fleurs. Elle a été construite entre 1555 et 1561, sur l'ordre d'Ivan le Terrible pour commémorer la chute de Kazan, le premier octobre 1552, jour de la fête de l'Intercession de la Vierge. Elle prit le nom de Basile le Bienheureux, en 1588, à cause de la neuvième chapelle qui abrite la tombe de Saint Basile, un simple d'esprit, très pieux.

L'ensemble architectural est difficile à décrire. Je crois qu'il faut se laisser impressionner par l'originalité et la beauté de l'édifice, sans chercher à comprendre. Je n'ai fait qu'apercevoir l'intérieur car j'ai tout de suite été prise de claustrophobie et j'ai rejoint Jean au Goum.

Nous sortons de la Place Rouge pour aller humer le parfum du quartier de Kitai Gorod, qui, dès le 14ème siècle, était le quartier des marchands et des artisans. C'est le plus ancien quartier de Moscou. Nous prenons le métro, dont je reparlerai plus loin mais ne descendons pas à Arbatskaia pour voir la rue ultra-commerçante. Nous continuons jusqu'à la station Kievskaia, à deux pas de notre hôtel. Nous achetons des cerises à une marchande à la sauvette. Elles sont succulentes. Je termine ma soirée à la piscine de l'hôtel pour me détendre pendant que Jean essaie, dans la chambre, plusieurs marques de Vodka.

Le dimanche 20 mai, nous sommes déjà au 22ème jour de notre voyage. Nous faisons comme la plupart des Moscovites : nous allons dans la ceinture verte pour mieux respirer et voir la nature en fleurs. Pour cela, nous nous rendons à Kolomenskoie qui se trouve sur une boucle de la Moskowa au sud-est de la ville.

Ce nom fut mentionné pour la première fois en 1339, dans le testament d'Ivan 1er. Ce site devint l'une des résidences préférées des tsars du 16ème siècle. L'endroit est vraiment magnifique : vallonné, boisé et en plus, en ce 20 mai, les lilas, blancs et violets, et les arbres fruitiers sont en fleurs.

Nous ne sommes pas les seuls à avoir eu cette idée de promenade. Le domaine a été fortement agrandi sous Alexis 1er (1645-1676) puis il fut laissé à l'abandon après le règne de son fils Pierre le Grand (1682-1725), le tsar qui alla fonder Saint Petersbourg.

Durant l'époque soviétique, il servit de musée permettant de voir un panorama de l'architecture russe en bois : de nombreuses églises de différentes régions furent remontées dans le parc, qui s'étend sur 270 hectares. De nombreuses manifestations y ont lieu toute l'année. Les Moscovites adorent cet endroit et ses vielles bâtisses.

Après avoir franchi l'entrée en compagnie de nos deux guides (dont l'une en costume de femme de Boyard) nous apercevons, sur la gauche, la vielle église Notre-Dame de Kazan. Elle a été achevée en 1650, pour Alexis 1er. Elle remplaçait une construction en bois qui avait été érigée pour célébrer la victoire sur les Polonais qui avaient envahi Moscou en 1612. A l'intérieur se trouve une icône de la Vierge de Kazan, protectrice des armées russes. Selon la guide, c'est du baroque Narychkine.

Au fond du parc, près de la Moskowa, on trouve une autre église, édifiée en 1532, à l'emplacement d'un cimetière du 14ème siècle, à l'occasion de la naissance d'Ivan le Terrible. C'est une sorte de tour-clocher qui était en réparations lorsque nous sommes passés. Le haut toit de 70 mètres a la forme d'une tente polygonale et est couronné d'un dôme. Petite remarque : Ivan le Terrible doit, entre autre, son surnom, au fait qu'il tua l'un de ses fils sous l'emprise de la colère… No comment !

Un petit musée est installé dans le Sytny Dvor, ancien bâtiment de l'intendance du Palais. Au premier niveau, on trouve une série d'objets liturgiques dont des icônes. Au niveau 2, on peut voir l'une des plus grandes collections du pays de carreaux de faïence réalisés dans la région de Moscou, des portraits de tsars et de tsarines dont Elizabeth 1ère, Pierre le grand et Catherine II. On trouve aussi des objets de la vie courante : costumes, ustensiles, jouets.

Dans le Rucher, nous avons eu la joie de participer, en costumes, à la reconstitution d'un mariage paysan d'autrefois. J'étais l'amie de la mariée. Ce fut l'un des moments les plus originaux du Tour.

Nous reprenons ensuite le car, pour aller manger sur un bateau amarré. Le repas est servi rapidement et il fait frais, cela fait du bien.

Vers quatorze heures, notre guide a prévu de nous faire visiter le métro de Moscou. Il est vrai que la visite de la ville ne serait pas complète sans cela

Le premier projet de métro à Moscou, date de 1902. Il ne fut repris que dans les années 1930 car la population de la ville avait doublé et qu'il était nécessaire d'avoir un moyen de transport plus efficace.

Pour Staline, c'était un nouveau défi : ce serait la vitrine du socialisme. A partir de 1931, des ouvriers affluèrent des quatre coins de l'URSS : soldats de l'Armée Rouge, simples ouvriers et enfants des jeunesses communistes (les Komsomols)

En mai 1935 fut inaugurée la première ligne : l'actuelle ligne 1, du Park Koultoury à Sokolniki. En 1939, 22 stations accueillaient plus d'un million de passagers chaque jour.

Pendant la seconde guerre mondiale, le métro servit d'abri. Sa profondeur avait été délibérément calculée pour cela. Quand on y descend, on a une impression de pente vertigineuse et il faut bien tenir sa droite car Big Brother observe et rappelle à l'ordre si vous gênez quelqu'un.

Durant la guerre, la station Maiakovskaia fut le quartier général des forces aériennes tandis que Tschistye Proudy abrita celui de l'Etat Major.

En 2007, le métro de Moscou comptait 152 stations ouvertes et 360 km de voies de transport. Plusieurs lignes sont en cours de prolongement. Il transporte 8 millions de personnes par jour, soit plus qu'à Londres ou à New-York.

Chaque station est différente. Nous sommes descendus à Staganskaia et avons fait le cercle de ceinture. Pour changer de lignes, il faut prendre les escaliers, sinon vous pouvez faire tout le tour de Moscou en restant au même étage. Le métro va à 80 km/heure, il est très propre et fonctionnel. Certaines stations sont même superbes ; Komsomolskaia, Novoslodobskaia ou Kievskaiai. Nous terminons par une station qui n'a que 5 ans : Park Pobedy. Nous continuons en métro pour rentrer à notre hôtel. A part deux personnes, tout le groupe a suivi complètement cette visite extrêmement intéressante.

Apres une courte halte dans la chambre, je me prépare à la soirée pique-nique à laquelle, Jean décide de ne pas aller. Il n'aime pas les surprises !

Et bien il a eu tort car la surprise va être très agréable. La guide a réservé un bateau-mouche pour notre groupe. Nous sommes accueillis avec du pain et en chansons par trois russes costumés, un homme et deux femmes. Elles nous accompagnent jusqu'à notre table et se mettent à chanter : tout le répertoire des chansons du folklore russe y passe. Ils y mettent tout leur cœur et leur âme et cela me fait frissonner. La vue par les hublots, avec les Moscovites qui se dorent au soleil, après un long hiver, est un souvenir inoubliable. Nous aurons ri, dansé et chanté. Cela faisait longtemps que cela ne m'était pas arrivé. Tant pis pour toi, Jean.

Demain, je préparerai les valises qui vont partir par la route, le matin, pour Saint-Petersbourg. Nous, nous prendrons le train vers 16 heures après un arrêt au Parc de la Victoire où nous verrons des vieux tanks de la 2nde guerre mondiale.

ADIEU MOSCOU !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1) Le voyage en train:

 

Le voyage ferroviaire est certainement l'un des moyens les plus rapides et économiques pour joindre les deux villes les plus importantes de cette immense Russie : Elle reste le premier pays du monde par sa taille, avec ses 17 075 400 km2 malgré l'amputation de nombreuses républiques fédérées lors de la chute du communisme en 1991.

Cette voie ferrée fut la seconde à être construite dans le pays. La première reliait St Petersburg à Tsarkoie Sélo, l'une des résidences préférées des tsars, en 1837, la seconde fut donc, Moscou- Leningrad, construite en 1851.

La distance entre Moscou et Saint-Petersburg, la Venise du Nord, est d'environ 650 km. Notre train, parti à 16 heures 30, est arrivé vers 22 heures. Cet express n'a rien à voir avec les transsibériens ou mongoliens que nous avons pris auparavant. Il n'y a pas de compartiment et nos gros bagages sont partis, le matin, par la route. Nous les retrouverons dans notre chambre de l'Hôtel Dostoïevski, ce qui démontre une excellente organisation.

Apres un déjeuner, à Moscou, près du manège du tsar Alexandre Ier, dans la salle à manger, en forme de proue de navire, d'un riche armateur ou négociant du 19ème (ou du début du 20ème siècle), nous partons vers la place des trois gares et descendons, comme il se doit, près de la gare de Leningrad. Nous marchons assez longtemps, tant dans la gare que sur le quai, car le train est très long. Il est composé d'une dizaine de wagons. Nous constaterons la foule qui en descendra, à l'arrivée : de l'ordre de 1 000 personnes me dira la guide locale.

Nous montons dans notre wagon. Les places sont toutes à contre-sens pour le groupe. Mon fils, pilote, me dira quand je lui raconterai cela, que c'est mieux en cas de crash ou de collision de train, en l'occurrence.

L'ambiance est bonne, la vodka ou le whisky coule sous le manteau mais il n'y a plus la bonhomie des longs voyages effectués auparavant. Le paysage est à nouveau celui de la taïga trouée par de nombreux lacs. Je crois apercevoir un élan a un moment mais cela a été tellement fugace que je n'en suis pas sûre. Nous nous arrêtons à quelques gares où des paysannes vendent des baies sauvages, fraîchement cueillies. Le style des isbas est davantage en hauteur, peut-être, pour servir de grenier à foin ? De part et d'autre des voies ferrées court un grillage pour empêcher les animaux d'y accéder.

Notre guide Tania nous attend au niveau de notre wagon et manifeste beaucoup de joie quand elle voit notre Tour Leader, Chris, descendre du train.

Je note, en débouchant du quai, que de nombreuses personnes privées proposent leurs services comme taxis. Pour le groupe, un car vieillot nous attend. Nous en aurons un autre, plus moderne, le lendemain, après discussion de la guide avec Chris.

Nous nous rendons à l'hôtel Dostoïevski, situé assez près de la gare de Moscou et de la Perspective Nevski. Cet hôtel est aussi une nouveauté pour ce Tour. Avant, Tour Director réservait dans l'hôtel "Saint Petersbourg" qui donnait sur la Neva et le croiseur Aurora mais qui était plus excentré. L'hôtel Dostoïevski, coûte, lui, plus cher même si les chambres sont petites et n'ont pas de vue, mais on peut se rendre à pieds à la perspective Nevski…

 

2) Quelques généralités sur cette ville.

 

La ville est située à 59 degrés de Latitude Nord sur le golfe de Finlande qui est gelé en hiver. Il est à la fois port maritime et fluvial. Quand nous y sommes passés en mai, les glaces venaient de fondre fin avril.

Elle est le fruit d'un défi et de l'imagination débordante d'un tsar hors du commun: Peter le Grand (1682-1725) qui la fonda le 16 mai 1703 (ou le 27 mai si nous nous référons au calendrier grégorien, qui ne sera utilisé en Russie qu'après 1917). Il a créé cette ville pour ouvrir son pays sur l'Occident qui le fascinait tant. Elle est construite sur 101 îles.

Son nom ne vient pas de celui de ce tsar gigantesque, qui mesurait plus de deux mètres, chose rare à une époque où la taille moyenne des hommes tournait autour d' 1,65 mètres, mais à cause de Saint Pierre…pierre sur laquelle Jésus avait fait reposer son Eglise.

Elle a d'ailleurs porté différents noms durant les trois siècles de son histoire: d'abord St Petersburg, de mai 1703 à août 1914, date du début de la première guerre mondiale. Elle devint alors Petrograd d'août 1914 à février 1924, pour que son nom n'ait pas une consonance germanique. Elle fut Leningrad de février 1924 à juillet 1991 et redevint St Petersburg en juillet 1991, à la chute du communisme.

Elle compte aujourd'hui 4 750 000 habitants, soit moitié moins que la ville de Moscou.

Elle fut fondée pendant la guerre contre les Suédois. Le tsar Peter le Grand avait besoin d'une forteresse sur le delta de la Neva. Nous avons pu voir, sur la rive droite de ce fleuve, la petite maison qu'il avait fait bâtir pour diriger et surveiller la construction de sa flotte et de la ville. Au démarrage de l'édification, il choisit l'île d'Enissari. Mais, dès août 1703, il dut affronter des inondations. Les chroniques de la ville regorgent de récits de ces catastrophes.

En 1712, la ville devient la nouvelle capitale de Russie. En 1725, quand le tsar meurt, sa femme retourne vivre à Moscou mais sa fille, qui régna sous le nom d'Elizabeth 1ère, y reste. La ville comptait alors 150.000 habitants.

Elle fut surtout la cité de Catherine-la-Grande (Catherine II), d'origine allemande, qui épousa le neveu d'Elizabeth. Elle prit le pouvoir en 1762 après un coup d'état où elle évinça du trône, son mari. Elle fut la première à s'installer dans le Palais d'Hiver nouvellement construit qu'elle remplit de collections artistiques fabuleuses. Les collections du musée de l'Ermitage sont parmi les plus belles et les plus riches du monde, comme nous le verrons en le visitant.

Elle fit paver les rives de la Neva d'un élégant granite rouge, développa la Perspective Nevski et les jardins d'été, en particulier, celui de Petrodvorets que je vous décrirai plus loin. Elle mourut en 1796, après une vie amoureuse tumultueuse comme en témoigne le double lit de sa résidence d'été. Son fils, Paul Ier ne lui succéda que cinq ans : Il fut assassiné en 1801.

Le tsar Alexandre Ier monta alors sur le trône. Il resta célèbre grâce à la confiance qu'il avait dans le vieux maréchal Koutouzov, qui prôna la tactique de la terre brûlée, l'abandon de la ville de Moscou et la patience face aux 500 000 hommes de la Grande Armée de Napoléon, en 1812. Il eut raison, puisque ce grand empereur repartit bredouille et laissa son armée revenir dans le froid, la faim et le désastre de la Berezina comme le raconte le film " Guerre et Paix ", adapté du roman de Tolstoï, l'un des plus beaux films que je connaisse… Le vieux maréchal, lui, mourut l'année suivante, en 1813, fier d'avoir sauvé son pays.

Quand Alexandre Ier décéda en 1825, eut lieu la révolte des Décembristes dont j'ai déjà parlé en expliquant l'histoire de la ville d'Irkoutsk, près du lac Baïkal.

Son frère, le tsar Nicolas Ier qui lui succéda et régna jusqu'en 1855, dut alors instituer un ordre très militaire. Le tsar Alexandre II fut, lui, le tsar des réformes, comme l'institution de jurés lors de procès et surtout l'émancipation des serfs, en 1861. Il n'en fut pas particulièrement remercié puisqu'il fut assassiné le 1er mars 1881, là où se dresse, aujourd'hui, la cathédrale qui ressemble à Saint Basile de Moscou et qu'on appelle "la cathédrale du Sauveur sur le sang versé".

Alexandre III qui lui succéda, démarra son règne dans la répression et le continua dans le conservatisme puisque les réformes n'étaient pas gratifiantes.

Enfin, le dernier Romanov qui régna, n'eut pas une vie beaucoup plus heureuse: c'est le tristement célèbre Nicolas II. Il commença à régner en 1894, dut faire face à une guerre contre le Japon de 1904 a 1905, qu'il perdit. En Russie, il eut à affronter la révolution de 1905 où, après le Bloody Sunday, il dut accorder des réformes et en particulier une Douma, chambre parlementaire qui devait limiter son pouvoir.

Saint-Petersburg connut, cependant, une période assez brillante entre 1907 et 1917, qu'on appela " le silver-age". La ville comptait alors 2 millions d'habitants.

Mais la première guerre mondiale, débutée en août 1914, sonna définitivement le glas de ce court éclat. Le Palais d'Hiver devint un hôpital militaire où la tsarine et ses filles travaillaient. Quant au tsar, commandant en chef des armées, on le rendait responsable de toutes les défaites et des problèmes d'approvisionnement en vivres des villes et en munitions des armées…

La révolution de février 1917, fut le début de sa fin. Le tsar dut abdiquer le 2 mars. La révolution d'octobre, dont le croiseur Aurora donna le signal, entraîna l'éviction définitive du tsar Nicolas II au profit de Lénine et de sa révolution bolchevique. Une paix séparée fut obtenue à Brest-Litovsk en mars 1918. Le tsar, sa femme, ses filles et le jeune tsarevitch hémophile, Alexis, furent envoyés aux portes de la Sibérie, à Ekaterinenbourg où la famille fut massacrée le 17 juillet 1918. Leurs restes reposent dans une chapelle de l'église Saint Pierre et Saint Paul, que nous avons visitée.

Petrograd, qui comptait 2 300 000 habitants en 1917 n'en dénombrait plus que 722 000 en 1920, après que Lénine ait choisi Moscou, comme capitale, en 1918.

Malgré le long siège de 900 jours qu'a connu la ville durant la seconde guerre mondiale (du 8 septembre 1941 au 27 janvier 1944) il semble que l'essentiel de la ville ait été miraculeusement préservé. C'est une cité très belle, jouissant souvent de merveilleuses proportions, mais on ne peut s'empêcher de penser, par moments, qu'elle semble figer dans un " décor d'opérette ".

En 2007, la ville semble relativement prospère mais surtout grâce au tourisme : C'est la ville la plus visitée de Russie. La plupart de ses industries, elles, sont en récession. Elle est aussi le second pôle universitaire du pays. Les filles du Président Poutine, qui en est originaire, y étudient.

 

Pour ma part, je suis tombée amoureuse de ses canaux et de ses 500 ponts.

 

3) Journée du mardi 22 mai, 24ème jour du voyage : rive droite de la Neva puis repas-spectacle et cathédrale Saint-Isaac, sur la rive gauche.

 

La ville est donc bâtie sur le delta de la Neva. Elle compte 42 îles et 75 canaux. Nous pouvons nous orienter grâce à deux flèches : Celle de la cathédrale Saint-Pierre et Saint Paul que l'on voit de très loin car elle est dorée et mesure 122 mètres de haut et celle de l'Amirauté qui est couronnée d'une caravelle, emblème de Saint Petersburg.

C'est de ce point que rayonnent les trois artères principales de la ville : la perspective Nevski, la rue Gorokhovaia et la perspective Voznessenski. Trois canaux principaux, bordés de palais étonnants, coupent ces grands axes : la Moika, le canal Griboiedov et la Fontanka, qui, au 18ème siècle, marquait la frontière de la ville.

Les colonnes rostrales, à l'Est de l'île Vassilevski, servent aussi à se repérer. avec leurs 32 mètres. Elles étaient utilisées comme phares, autrefois. Elevées en 1806, elles sont en granite et décorées de proues de navire.. Elles portent aussi des figures allégoriques de quatre fleuves russes : la Neva, la Volga, le Dniepr et le Volkhov. Leur nom vient du latin rostrum.

De l'hôtel Dostoïevski, nous empruntons la Perspective Nevski, pour remonter vers le Nord. C'est vraiment l'artère vitale de la ville, embouteillée à toute heure du jour, et bordée de palais, magasins, restaurants et cafés. Elle a été percée en 1712 et mesure 4,5 km. Parmi les palais, j'ai remarqué celui du comte Stroganov, construit sur les plans de Rastrelli. Stroganov était un riche propriétaire de mines dans l'Oural, avant de devenir célèbre par une recette de bœuf de l'un de ses cuisiniers.

Un autre palais a retenu mon attention à cause de ses énormes Atlantes qui décorent sa façade et de sa couleur rose framboise : c'est le palais Bielosselki-Bielozerski. Il est situé à l'angle de la perspective Nevski et de la Fontanka. Il a été construit en 1848, a servi de résidence au Grand Duc Serge et abrite aujourd'hui différentes organisations.

Nous longeons ensuite la Neva et passons le pont Dvortsovy pour nous rendre sur l'île Vassilevski où, près du musée de la marine de guerre, s'élèvent, les deux colonnes rostrales évoquées plus haut.

Pierre-le-Grand avait eu de grandes ambitions pour cette île qui était la plus vaste du delta mais la fréquence des inondations le fit renoncer à ses projets et le centre politique de la ville se développa, finalement, de l'autre côté du fleuve, autour de l'Amirauté.

Nous prenons ensuite le pont Birjevoi pour nous rendre dans le berceau de la ville : la forteresse Pierre et Paul. Elle est située sur l'îlot Zaiatchi (aux lièvres). C'est là que Pierre le Grand posa la première pierre de sa ville. Derrière se trouve le quartier de Petrogradskaia où l'on peut admirer la maisonnette du tsar et le croiseur Aurora.

La forteresse ne servit pas longtemps de place forte, dès 1718, elle devint une prison politique. Le premier prisonnier fut, d'ailleurs, le propre fils du tsar, Alexis, qui y mourut après avoir avoué qu'il ourdissait un complot contre son père.

Nous nous rendons ensuite à la Cathédrale Saint Pierre et Saint Paul construite de 1714 à 1733 par Trezzini. Nous avons pu voir, à l'intérieur un peu trop doré à mon goût, les tombeaux de presque tous les Romanov.

Nous allons ensuite prendre le lunch dans l'ex-maison d'un Décembriste. Cela nous donne une idée de l'architecture intérieure d'un palais du début du 19ème siècle. Nous avons droit à une chanteuse, qui nous régale de quelques trésors du folklore russe et à des musiciens qui nous font une démonstration d'instruments en bois, en forme d'oiseaux. L'ambiance est excellente.

Nous terminons la visite de la ville par la cathédrale Sainte Isaac, grandiose, qui est la 4ème version d'une église construite sur cet emplacement pour Pierre-le-Grand, en 1710. C'est Auguste de Montferrand, un Français, qui la construisit de 1819 à 1858, selon un plan en croix grecque. Elle est surmontée de cinq coupoles. Comme elle peut contenir 15 000 personnes, elle est la troisième église du monde par sa taille, après St Pierre de Rome et St

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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